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As Above, So Below

Au son de la trompette, les morts ressusciteront…

En rédigeant mon article Huis clos, horreur et cinéma (lire ici), je mentionnais que les films de « found footage », ou « enregistrement trouvé » en bon français traduit sur Internet, me donnent du fil à retors… Ce qui est absolument le cas! L’image instable de la caméra en mouvement, des flous à n’en plus finir, des zooms incessants, un cadrage aléatoire si ce n’est pas pire, taches ou objets obstruant l’objectif, etc., etc. Toutes ces techniques suscitent en moi une soudaine envie de vomir. Je dois cependant vous avouer qu’une infime poignée d’œuvres cinématographiques de cette catégorie brave ma réticence, dont le film As Above, So Below.

Bien que popularisé en 1999 avec The Blair Witch Project, le « found footage » fait véritablement ses débuts durant les années 50 avec le cinéma d’avant-garde, puis se concrétise au cours des années 60 et 70. Le concept est simple, le film présente la récupération « non altérée » de pellicules retrouvées miraculeusement. Sous l’angle du « faux documentaire », nous suivons généralement une équipe de tournage qui découvre des informations délicates comme une conspiration gouvernementale, des cannibales, des extraterrestres ou encore des trolls. Grâce aux techniques dites authentiques énumérées plus haut, ce sous-genre souhaite transmettre une dimension hyperréaliste à des récits de fiction souvent surréalistes.

Avertissement : j’analyse le film dans son ensemble et je risque de dévoiler certaines scènes importantes, je vous conseille donc de le visionner avant de lire mon article.

Écrit et réalisé en 2014 par John Erick Dowdle, As Above, So Below est devenu l’un de mes films « cozy ». Je peux le regarder inlassablement et malgré le fait que je connaisse pratiquement chaque instant, avoir une bonne dose de frissons!

En gros, c’est l’histoire de Scarlett Marlowe, de George, de Benji et d’un groupe d’explorateurs français, Papillon, Souxie et Zed, qui partent sous les catacombes de Paris à la recherche de la pierre philosophale. Dis comme ça, ça semble ridicule et en fin de compte ça l’est! John Erick Dowdle et son frère Drew Dowdle ont fusionné plusieurs références occultes un peu à la Indiana Jones pour créer une aventure quelque peu tirée par les cheveux. Hermétisme, Nicolas Flamel, Dante… Ces théories ésotériques et textes mystiques sont relativement connus et présents dans l’imaginaire populaire. Expliqués au premier degré entre deux scènes d’action tendues, vous n’avez en aucun cas besoin d’utiliser votre cerveau.

« As above, so below, as within, so without, as the universe, so the soul… » Cette célèbre citation d’Hermès Trismégiste est astucieusement jumelée à celle de la Divine Comédie de Dante Alighieri : « Abandon hope all ye who enter here ». Plus Scarlett et ses compagnons s’enfoncent dans les entrailles de la Terre et plus ils se rapprochent de l’enfer… littéralement!

Une fois entré illégalement dans une partie obscure des catacombes, le groupe se retrouve, bien évidemment, coincé par un éboulement d’os. Ils sont obligés de prendre un tunnel que même le courageux Papillon n’a jamais osé inspecter. La rumeur veut que les personnes téméraires qui l’utilisent y disparaissent à jamais, comme la Taupe. Ce dernier, un ami des explorateurs français, l’a emprunté deux ans auparavant par pure curiosité…

À peine deux mètres dans ce tunnel que des évènements bizarres commencent à assaillir le groupe! Un piano les attend au détour d’un recoin qui ressemble mystérieusement comme deux gouttes d’eau à celui que George avait lorsqu’il était jeune (touche défectueuse incluse). Accélérant le pas, ils tombent ensuite sur un vieil appareil téléphonique avec au bout du fil le père décédé de Scarlett. Et puis soudainement, la Taupe se présente pour les guider en leur garantissant que « the only way out, is down… » Hum…

Après maints rebondissements, ils finissent par trouver la pierre philosophale. Leur victoire est cependant de courte durée, car ils sont maintenant prisonniers d’un univers miroir qui les amène plus profondément vers l’enfer. Lorsque cette brèche mystique est ouverte, âmes et démons se montrent le bout du nez. En fait, chaque protagoniste doit faire face à ses fantômes personnels. George aperçoit son jeune frère noyé, Scarlett tombe sur son père pendu, Papillon rencontre un ami mort dans un accident de la route, etc. Ceux qui affrontent leurs peurs poursuivent leur chemin, tandis que ceux qui sont en déni demeurent prisonniers des catacombes. Le décès du guide français est particulièrement fascinant! Essayant de s’enfuir du labyrinthe, Papillon est absorbé par une automobile en feu qui apparait de nulle part. Une fois la voiture disparue, tout ce qui reste de son corps est ses pieds qui dépassent de la terre… Brrr!

C’est le genre de film où les personnages sont peu développés. Dès qu’on les rencontre, on sait d’emblée qu’ils vont mourir l’un après l’autre comme des mouches. Ce qui n’empêche pas le récit d’être bien exécuté et complètement lugubre. L’aventure débute immédiatement et ne s’arrête qu’au générique. La musique, les effets spéciaux et les décors simples sont ingénieusement exploités pour créer une atmosphère anxiogène avec une touche de claustrophobie. Je considère même As Above, So Below comme un huis clos, car l’histoire se déroule majoritairement dans les tunnels souterrains de la capitale française. Ce qui en fin de compte rend le film encore plus intéressant à mes yeux. On aime ou l’on déteste, je ne crois pas qu’il y ait un entre-deux en ce qui concerne ce « found footage ».

Le film fut véritablement tourné dans une partie des catacombes de Paris. L’équipe de production a utilisé peu d’accessoires et s’est contentée de l’environnement brut qui les entourait. La lumière provient principalement des lampes frontales des acteurs qui tiennent également lieu de caméras. Ainsi, les points de vue alternent entre ces dernières fixées à leurs têtes et l’appareil professionnel de Benji.

Durant la première moitié du film, la musique se limite aux bruits ambiants de la ville. Une fois que le groupe traverse les cercles de l’enfer, les sons changent drastiquement. On entend la trompette du jugement dernier, le cri des âmes en peine et le chant a capella d’une chorale/secte habitant dans les catacombes. En ce qui concerne les effets spéciaux numériques, comme la mort de Papillon ou le mur avec les statues attaquant Scarlett et George, ils sont visuellement crédibles. Pour un budget estimé à 5 millions, je crois que l’équipe de production a très bien exploité ses ressources et ses contraintes. Ces éléments peuvent sembler futiles, mais l’intérêt de l’histoire se retrouve justement dans ces détails minutieusement orchestrés.

Bref, As Above, So Below est un film d’horreur fantastique qui m’interpelle à tous les coups!

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