Contes de fées Folklore Ursula Vernon
Lectures

Aux frontières du surréel

Qui n’aime pas les bons vieux contes de fées et leurs créatures effrayantes? Oh non, je ne vous parle pas des versions édulcorées de Disney. Ici, Blanche Neige ne chante pas avec ses compagnons de la forêt, la fée marraine de Cendrillon ne revampe pas sa garde-robe et la belle au bois dormant n’attend pas son prince charmant en ronflant… Au contraire, je vous présente aujourd’hui un livre d’horreur folklorique complètement flippant où la frontière entre notre réalité et une réalité autre, surréelle et cauchemardesque est transgressée. Une lecture passionnante à ses risques et périls!

The Twisted Ones de Ursula Vernon, écrit sous le pseudonyme de T. Kingfisher, fut publié en 2019 aux éditions Saga Press. Basé sur la nouvelle intitulée The White People (1904) de Arthur Machen, Kingfisher reprend comme prémices certains personnages ainsi que des éléments surnaturels de l’œuvre originale pour créer une suite épique et unique à cet univers. Vous pouvez lire The Twisted Ones sans avoir préalablement feuilleté The White People. Je vous recommande toutefois l’ensemble des nouvelles de Machen! Ce dernier explore les mondes invisibles et nos terreurs les plus enfouies. L’auteur gallois fut l’une des inspirations pour nul autre que H. P. Lovecraft.

« And I twisted myself about like the twisted ones and I lay down flat on the ground like the dead ones… »

Les mots ont une importance vitale et cachent une magie plus ancienne que la terre, comme le découvrira notre héroïne aux dépens de sa santé mentale. Cette phrase revient tout au long du livre et déclenche par mégarde les mésaventures de Melissa. Cette dernière, surnommée affectueusement Mouse par son père, s’engage à nettoyer la maison de sa grand-mère récemment décédée. Malheureusement, celle-ci était une personne méchante et désagréable au plus haut degré qui souffrait de syllogomanie. Cet étrange syndrome pathologique, également connu sous le nom de thésaurisation, désigne un trouble psychologique où les gens accumulent excessivement des objets inutiles et encombrants.

C’est au détour d’une montagne de bric-à-brac que Melissa découvre le journal de Frederick Cotgrave, son grand-père par alliance, décédé de nombreuses années auparavant. Les lecteurs de Machen reconnaîtront certainement le narrateur de la nouvelle The White People. Il y décrit le caractère acerbe de sa grand-mère ainsi que le récit du « livre vert ». Dès que la fameuse phrase et la mention du mystérieux « livre vert » touchent l’esprit de Melissa, d’étranges événements surviennent aux alentours de la maison. Allant de l’apparition de figures fantomatiques entre les arbres à celle d’une roche à la forme inhumainement tordue dans la cour ou encore de bruits bizarres dans la nuit… Melissa et son compagnon à quatre pattes Bongo vivront de fortes émotions.

Située en Caroline du Nord, la résidence est complètement coupée du monde par une immense forêt hostile. Heureusement, Melissa peut compter sur l’aide de ses sympathiques voisins Foxy, Skip et Tomas.

T. Kingfisher construit intelligemment son récit autour du mystère de Cotgrave et du « livre vert ». Celui-ci est en fait le journal d’une jeune fille appartenant au peuple des fées où elle y décrit les rituels fort inquiétants de ce monde oublié. Toutefois, outre ces éléments, l’auteur a imaginé une histoire originale en contournant les tropes habituels et en créant une héroïne intéressante.

The Twisted Ones ne réinvente pas la littérature de genre, car nous y trouvons quand même des clichés de l’horreur. Maison abandonnée, forêt sombre et bruits dans la nuit… cependant, l’auteur n’exploite pas ces derniers pour gonfler inutilement l’atmosphère de son récit. Non, non, non. Kingfisher les emploie subtilement et va jusqu’au bout de ses idées tordues. Il y a trois moments majeurs qui m’ont fait frissonner et j’ai lu ce livre au mois de mai durant l’une des premières canicules de l’année. Brrr.

Melissa, notre héroïne et également la narratrice, ressemble à une véritable femme, soit un individu en trois dimensions. Elle n’a pas que des qualités ; elle prend parfois des décisions irrationnelles ; elle a un humour noir à souhait comme je les aime ; mais surtout, Melissa a des réactions réalistes face aux événements surnaturels qui l’assaillent. La narration à la première personne est une réussite grâce à la plume de l’auteur et rend le récit intéressant et proactif.

« Grandma had lived about thirty minutes out of Pondsboro, which is southwest of Pittsboro, which is northwest of Goldsboro, because nobody in the late 1700s could think of an original name to save their lives. » (Page 10)

Voici un petit exemple de l’humour que Melissa maintient tout au long de son aventure, malgré les moments stressants. The Twisted Ones, une histoire folklorique sombre comme il se doit, en vaut le détour!

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