Des fantômes en veux-tu en vlà
Films et séries,  Lectures

Histoires gothiques contemporaines à la british

C’est en regardant La dame en noir, film de James Watkins sorti en 2012, pour la dixième fois que je me suis finalement décidé à découvrir le roman de Susan Hill. Par principe, j’essaie de toujours de lire l’œuvre originale avant de voir son adaptation, mais parfois je visionne celle-ci sans connaître son origine littéraire… (oups!)

Comble du bonheur, j’ai trouvé à ma bibliothèque municipale deux ouvrages similaires du même auteure, soit La main de la nuit ainsi que L’ombre au tableau. Ces romans sont publiés en français aux éditions l’Archipel. Je me suis donc lancé, durant mes vacances du temps des fêtes, tête première dans ces récits de gothique moderne.

Susan Elizabeth Hill est une auteure britannique née en 1942 qui écrit autant des histoires surnaturelles que policières ou encore contemporaines. Les thématiques abordées dans ses romans fantastiques s’entrecoupent et se résument à l’apparition de fantômes, leur vengeance absolue ainsi que leurs malédictions cruelles.

Ce sont de courts textes d’environ 200 pages qui jouent sur la terreur que les évènements produisent sur les héros au lieu d’une horreur typiquement « gore ». Voici un extrait de La main de la nuit pour vous mettre dans l’ambiance :

« Je me trouvais dans le jardin faiblement éclairé d’une lueur verdâtre et, au-dessus de moi, un copeau de lune argenté berçait l’étoile du Berger. Les oiseaux s’étaient tus. Aucune vibration ne troublait plus l’atmosphère.

C’est alors que je sentis une petite main se glisser dans ma main droite, comme si un enfant s’était matérialisé à côté de moi dans l’obscurité pour s’en saisir. Elle était fraîche et ses doigts se replièrent avec confiance dans ma paume. Puis le petit pouce et l’index se serrèrent autour de mon pouce. Par réflexe, je repliai à mon tour mes doigts dans les siens et nous restâmes ainsi pendant un moment hors du temps, ma main d’homme serrant la toute petite main aussi intimement qu’un père tenant son enfant. Mais je ne suis pas père, et l’enfant était invisible. » (Pages 14 et 15)

Brrr! Non? Les récits de Susan Hill sont atmosphériques à souhait. De plus, l’action se déroule en Angleterre avec ses paysages lugubres et des bâtiments abandonnés. Ils me font penser aux contes fantastiques des siècles derniers, ceux où la fin n’est pas édulcorée…

Pour résumer La dame en noir, une mère éplorée qui a perdu son fils d’une façon atroce veut rendre la pareille à ses victimes, et ce même après sa mort et celle de sa sœur Alice Drablow. Arthur Kipps, pauvre avocat envoyé pour classer les papiers de madame Drablow, n’a aucune chance face à la rancœur de la femme voilée. Comble du malheur, notre héros se retrouve prisonnier des marais entourant la maison de la défunte. Ainsi, la malédiction se perpétue malgré le décès du dernier membre de la famille, car l’esprit de cette femme ne reposera jamais en paix.

Voici l’un de mes passages préférés du roman :

« Soudain, la chienne à mes pieds se mit à gémir, laissant échapper une plainte sourde, pathétique et apeurée, avant de reculer pour se presser contre mes jambes. J’avais la gorge nouée et desséchée, et j’étais parcouru de frissons. Il y avait quelque chose dans cette pièce, et je ne pouvais pas y accéder ; de toute façon, même si j’en avais eu la possibilité, je n’aurais pas osé y entrer. Je me dis qu’il s’agissait sans doute d’un rat ou d’un oiseau pris au piège, tombé par la cheminée et incapable de ressortir. Pourtant, ce que j’entendais ne s’apparentait pas aux mouvements désordonnés d’une petite créature paniquée. Boum, boum. Pause. Boum, boum. Pause. Boum, boum. Boum, boum. Boum, boum. […]

J’avais le souffle court lorsque je débouchai sur le palier, et mon cœur battait à se rompre. Mais si les expériences que j’avais vécues dans cette maison jusque-là m’avaient effrayé, ce que je découvris au bout du petit couloir porta ma terreur à un tel paroxysme que je me crus sur le point d’en mourir ; j’étais même sûr que j’allais succomber dans l’instant, car je ne concevais pas que l’on pût endurer pareil choc et rester en vie, ou du moins ne pas perdre la tête.

La porte de la pièce d’où provenait le bruit – cette même porte auparavant verrouillée que je n’avais pas réussi à forcer, et pour laquelle il ne pouvait exister de clé – était à présent ouverte. En grand. » (Pages 147 et 158)

Publié pour la première fois en 1983, le roman fut d’abord adapté à l’écran britannique par la BBC en 1989, puis en 2012 avec Daniel Radcliffe dans le rôle de Arthur Kipps. Vous pouvez facilement retrouver la version de la BBC en langue originale sur YouTube. Outre quelques différences mineures, comme le nom de Kidd au lieu de Kipps ou encore le fait que notre héros soit déjà marié avec deux enfants et non fiancé, cette adaptation est relativement fidèle au récit d’origine.

Le film à étonnement bien vieillit et m’a donné plusieurs frissons! Contrairement à la version de 2012, il n’y a pas d’effets spéciaux employés lorsque la dame en noir apparaît à l’écran, ce qui est normal pour une production à petit budget de cette époque. La musique, les acteurs et l’ambiance des décors suffisent pour porter le récit au bout de son épouvante.

Le film de James Watkins, que j’adoooore (peut-être un peu trop…), est le remake qui diffère le plus du roman. Bien que l’idée générale de l’histoire soit respectée, cette version mise principalement sur les « jump scares » et la vengeance de la femme voilée à l’encontre des villageois, spécifiquement au détriment de leurs enfants.

La première scène, qui ne manque jamais de me donner la frousse, montre les trois petites filles de l’aubergiste sautant par la fenêtre immédiatement après l’apparition de la dame en noir dans leur chambre. Il est même étonnant qu’il reste encore des jeunes en vie lorsqu’Arthur Kipps est dépêché à Crythin Grifford… En rétrospective, c’est ce sous-récit, seulement effleuré au détour d’une conversation dans le roman, qui m’a le plus accroché et impressionné.

Si vous avez apprécié comme moi La dame en noir de Susan Hill, vous serez certainement comblé par ses histoires similaires. Dans La main de la nuit, Adam Snow, libraire et collectionneur de livres rares, est poursuivi de Londres aux alpes françaises par le fantôme aux motifs meurtriers d’un jeune garçon rencontré au détour d’un jardin abandonné. Tandis que, dans L’ombre au tableau, Oliver est une victime collatérale de la malédiction du tableau vénitien. Les personnages du carnaval ne semblent tout simplement pas vouloir rester en place. J’ai particulièrement aimé ce récit où l’on nous raconte une histoire dans une histoire dans une histoire… un peu à la mille et une nuit! Voici un petit extrait :

« Une seule chose étrange se produisit autour de cette période. C’était à l’automne de la même année, au tout début du premier semestre, un soir où les premiers froids de l’automne m’avaient fait réclamer du feu dans la cheminée. Je travaillais à la lumière de ma lampe du bureau quand je levai les yeux un instant. La scène vénitienne se trouvant directement dans mon champ de vision, j’y aperçus un détail qui me poussa à l’examiner de plus près.

La restauration avait révélé de nouveaux effets de profondeurs, et certains éléments apparaissaient désormais avec acuité. Je distinguais sur le quai beaucoup plus de personnages massés et, sur le canal, de nouvelles gondoles et autres embarcations chargées de joyeux drilles, masqués ou non. J’avais beau avoir passé chaque visage en revue plusieurs fois, j’en trouvais toujours de nouveaux. Des personnages apparaissaient aux fenêtres et aux balcons, et de nouvelles silhouettes se profilaient dans les recoins obscurs des palazzi. Mais, ce soir-là, mon attention avait été attirée par un personnage bien précis qui s’était détaché du reste. Pourtant placé au premier plan, il n’avait pas frappé ma mémoire. L’homme ne contemplait ni le lagon ni les gondoles, mais paraissait au contraire s’en détourner pour regarder hors champ. À dire vrai, il semblait me fixer, moi, dans cette même pièce. » (Pages 29-30)

En effectuant des recherches pour mon article, j’ai découvert que nous aurons l’opportunité de voir prochainement au grand écran une adaptation de La main de la nuit! Yeah!

Bon, assez radoté. Les spectres, comme vous le savez depuis mon premier article, c’est mon truc. Et vous, quelle est votre histoire de fantôme favorite?

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