Films d'horreur pour adolescents années 90 Final Girls
Lectures

Horreur, adolescence et années 90

Vers la mi-décembre 2020, je me suis embarqué dans une palpitante aventure… visionner en deux semaines 25 films d’horreur pour adolescents des années 90! Pourquoi? Eh bien, tout simplement parce que j’adore les défis et les ultimatums (à l’excès). Alexandra West, une journaliste canadienne indépendante, a publié en 2018 aux éditions McFarland & Company un essai intitulé The 1990s Teen Horror Cycle : Final Girls and a New Hollywood Formula. Elle est également co-hôte avec Andrea Subissati du podcast The Faculty of Horror. Pour plus de détails sur ce fabuleux balado, vous pouvez lire mon article Les femmes et l’horreur (ici). Ne connaissant pratiquement rien sur cette thématique particulière et cette décennie parfois volontairement oubliée des amateurs du genre, j’en ai profité pour combler ce manque à ma culture générale.

Principalement critiqué pour son côté édulcoré en comparaison aux « slashers » sanglants des années 80, ce courant cinématographique est décrit par West comme étant « glossy, trendy and sleek ». Les sujets codifiés ainsi que les acteurs vedettes recyclés jouant des rôles similaires d’un film à l’autre ont certes créé une aura d’uniformité à l’arrière-goût quelque peu commercial. Toutefois, il ne faut pas oublier que ces œuvres visaient à cent pour cent leur public cible, soit les adolescents et les jeunes adultes de la génération Y. De grands consommateurs en devenir.

Chaque décennie à son lot de critiques, que ce soit dans les sphères du cinéma d’horreur ou ailleurs. Cependant, pour analyser l’impact des films sur une génération entière ainsi que la répercussion d’une société sur le septième art, un certain temps de recul est nécessaire. Avant d’entrer dans le vif du sujet, l’auteure explique donc en toute simplicité le contexte social, historique et politique des États-Unis durant les années 90. Ce fut une période tumultueuse avec l’avancée des technologies ; l’engouement pour les médias et les drames nationaux ; la troisième vague du féminisme ; le témoignage d’Anita Hill contre le harcèlement sexuel en milieu de travail ; le scandale de Bill Clinton ; la fusillade de Columbine ; le procès pour meurtre d’O.J. Simpson… pour ne nommer qu’une infime partie historique d’un immense pays. Cette synthèse est essentielle pour la compréhension générale du lecteur.

Près de vingt ans plus tard, Alexandra West s’en est donné à cœur joie! Fière représentante de la génération Y, elle a grandi en regardant ces films. Malgré son engouement et sa sincère passion pour le corpus étudié, la journaliste surpasse la gamine en elle et ne perd jamais de vue son objectif. Comme l’indique le sous-titre de son essai : les « Final Girls » sont à l’honneur ainsi que la nouvelle formule hollywoodienne au goût du jour pour attirer les jeunes consommateurs.

Voici les films mentionnés :

Buffy the Vampire Slayer (1992)

My Boyfriend’s Back (1993)

The Crush (1993)

Fear (1996)

The Craft (1996)

Scream (1996)

Scream 2 (1997)

Scream 3 (2000)

I Know What You Did Last Summer (1997)

I Still Know What You Did Last Summer (1998)

Urban Legend (1998)

Urban Legends: Final Cut (1998)

Disturbing Behavior (1998)

The Faculty (1998)

Teaching Mrs. Tingle (1999)

Halloween H20 (1998)

The Rage: Carrie 2 (1999)

Wicked (1998)

Idle Hands (1999)

Cherry Falls (2000)

Final Destination (2000)

Scary Movie (2000)

Urban Legends: Bloody Mary (2005)

I’ll Always Know What You Did Last Summer (2006)

Scream 4 (2011)

Les « Horror Teen Movies » sélectionnés s’étalent entre 1993 et 2000, à l’exception de trois d’entre eux qui empiètent sur le 21e siècle. Ces derniers font suite aux séries : Scream, Urban legend et I Know What You Did Last Summer.

Les chapitres regroupent deux ou trois films qui sont disséqués d’une façon bien académique, mais accessible pour son lectorat. La « Final Girl » désigne l’héroïne victime qui persiste tant bien que mal face à un tueur impitoyable. Celui-ci, majoritairement un homme aux pouvoirs surhumains, revient inlassablement d’une production à l’autre. Ce terme fut d’ailleurs créé durant les années 80 avec les franchises telles Nightmare on Elm Street, Halloween ou encore Friday the 13 th. À cette époque, l’intérêt du public et des studios de cinéma se concentrait sur les « villains » (Michael Myers, Freddy Krueger, etc.) et non les survivants. La décennie suivante apporta donc un changement de point de vue sur les « Final Girls » et les rares « Final Boys ». Maîtres de leurs destins, ces adolescents vont à la rencontre du danger et font face aux conséquences de leurs actes.

La troisième vague de féminisme y étant certainement pour quelque chose, la masculinité toxique fut également mise de l’avant. Avec le déferlement de dénonciations des récentes années, entre autres le mouvement « Me Too », il est triste de constater que ces thématiques au cinéma non malheureusement pas évoluées. Si l’on compare The Rage : Carrie 2 (1999) et la nouvelle adaptation de Black Christmas en 2019… c’est assez déprimant.

Un autre élément majeur de ce courant cinématographique a trait à la culture, aux médias et à l’intertextualité. Ce dernier concerne les relations existantes entre plusieurs textes ou dans le cas présent plusieurs films et référencements à la pop culture. Scream (1996-2011) de Wes Craven est l’exemple idéal. Un film d’horreur qui parle de films d’horreur où dans le deuxième et troisième épisode une franchise d’horreur utilise les évènements du premier film d’horreur (Kof! Kof!). Du jamais vu pour l’époque! Le public cible se sentait personnellement interpellé et avec raison.

Je pourrais vous relater encore bien longtemps les propos d’Alexandra West, mais je tiens à vous laisser découvrir par vous-même son documentaire. L’auteure n’aborde pas que les bons côtés de cette décennie, elle expose sans détour les problématiques, dont le manque d’inclusivité de ces films. Il serait facile de passer outre l’élitisme que les personnages représentent, soit une génération blanche, cis et fortunée. Alors, chapeau!

Bref, j’ai adoré mon expérience. Avant d’entamer la lecture des chapitres, je visionnais les œuvres étudiées pour m’imprégner de l’atmosphère et comprendre les détails importants. Ce fut un moment assez intense, intéressant et ma foi, bien motivant. Cette année, je vous ferai découvrir plusieurs documentaires féministes sur les genres de l’horreur en commençant par mon défi lecture 2021 avec Monster, She Wrote (lire ici). Que de lectures passionnantes en perspective!

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