Films d'horreur Classiques
Analysons un bon vieux film

La reine de pique (1949)

Tirez-vous une bûche… c’est le temps d’analyser un bon vieux film!

Tout d’abord, avant de vous présenter l’œuvre sélectionnée pour cette chronique, je souhaiterais faire le point sur ce qu’est un classique, un film culte et ce que vous retrouverez réellement dans ce nouveau segment.

Alors, un classique n’est nul autre qu’une création reconnue dans son domaine que ce soit en cinéma, en littérature, en peinture, etc. Celle-ci devient une référence culturelle qui perdure et évolue en tant que phénomène sociologique. Citizen Kane de Orson Welles (1941), Les lumières de la ville de Charlie Chaplin (1931) ou encore Les oiseaux d’Alfred Hitchcock (1963) sont considérés comme des classiques du cinéma.

Le film culte est une œuvre hors-norme et souvent excentrique qui choquent les auditeurs ou du moins les rendent incrédules. Il n’est pas immédiatement encensé et apprécié par le public, la critique et la société en général. Il le devient partiellement au fil du temps grâce à un groupe de spectateurs dévoués. Le Big Lebowski des frères Coen (1998), The Room de Tommy Wiseau (2003) ou encore The Rocky Horror Picture Show de Jim Sharman (1975) sont de bons exemples.

Maintenant, qu’allez-vous découvrir dans le segment intitulé : Analysons un bon vieux film? Des classiques du genre? Des films cultes? Oui, probablement qu’il y en aura quelques-uns. Mais vous devez vous douter que l’appréciation d’un film est bien personnelle à chaque spectateur. Non? Bref, je vous présenterai mes œuvres favorites allant du début du cinéma jusqu’à la fin de 20e siècle.

Bon, assez de blabla…

Films d'horreur année 1940 La reine de pique
La reine de pique, film réalisé en 1949 par Thorold Dickinson Les griffes de la forêt © Tous droits réservés

Aujourd’hui, nous retournons en 1949 pour découvrir Queen of Spades, connu en français sous le titre La reine de pique, de Thorold Dickinson. Basé sur la nouvelle d’Alexandre Pouchkine, ce film d’horreur fantastique met en vedette Anton Walbrook, Edith Evans et Yvonne Mitchell dans les rôles-titres du capitaine Herman Suvorin, de la comtesse Ranevskaya et de Lizaveta Ivanova.

Ce court récit russe fut publié pour la première fois en 1834 et aborde les thèmes de l’obsession, l’avarice, la superstition et du surnaturel. Il fut adapté à de nombreuses reprises entre autres à l’opéra avec une composition de Pyotr Ilyich Tchaikovsky, à la radio et sur grand écran. La reine de pique est sans conteste une histoire intemporelle.

Nous nous retrouvons à Saint-Pétersbourg au 19e siècle où Herman, un jeune officier de l’armée russe d’origine allemande, souhaite absolument faire fortune en jouant aux cartes. Étant cependant pauvre, il ne peut participer avec ses collègues de descendance noble et riche. Lors d’une soirée bien arrosée, notre antagoniste entend la mystérieuse histoire de la comtesse Ranevskaya. Elle connaîtrait, grâce au comte de Saint-Germain, l’ultime secret des trois cartes gagnantes au jeu du Faro.

Obsédé par cette légende, Herman séduit sans scrupule Lizaveta Ivanova qui n’est autre que l’innocente pupille de la comtesse. En utilisant la jeune femme, l’officier s’introduit dans la chambre de l’octogénaire, mais avant de pouvoir extirper l’information de sa victime, celle-ci meurt d’effroi. Herman est alors visité dans son sommeil par la vieille dame qui lui dévoile à contrecœur la fameuse série de cartes. Trois, sept, as.

Celles-ci ne peuvent être jouées qu’une à la fois, avec 24 heures d’intervalle entre chaque carte. Une fois la séquence terminée, le parieur ne doit jamais plus miser aux cartes. Respectant les conditions, Herman gagne les deux premiers soirs, pour finalement perdre l’ensemble de sa fortune en jouant la dernière carte qui se transforme de l’as à la reine de pique! Dupé, le jeune officier devient fou et achève ses jours à l’asile.

Cette histoire n’est pas à proprement parler de l’horreur gore où le sang gicle à chaque tournant de page… Néanmoins, pour l’époque les fantômes et les pactes avec le diable étaient des sujets terrifiants.

L’adaptation réalisée en 1949 par Thorold Dickinson fut sélectionnée au British Academy Film Award (BAFTA) et fut également projetée au Festival de Cannes. Rodney Ackland devait originalement être responsable du projet, cependant dû à des différends entre Ackland, la maison de production De Grunwald et la tête d’affiche Anton Walbrook, il fut remplacé par Dickinson. Ce dernier se joignit au film cinq jours avant le début du tournage.

La reine de pique, un film peu connu de nos jours, fut considéré comme perdu durant plusieurs années! Heureusement, il fut retrouvé et réédité en 2009. Réalisateur, scénariste, monteur, producteur et professeur de cinéma britannique, Thorold Dickinson aura eu une carrière pour le moins difficile. Vous pouvez lire un excellent portrait de cet artiste sur le site The Gardian juste ici.

Il est tout à fait fascinant d’observer l’évolution de cette histoire de 1910 à 1949. En 1910, Pyotr Chardynin réalisa un court métrage d’une quinzaine de minutes, puis, en 1916, Yakov Protazanov produisit un film d’une heure incorporant de nouveaux éléments à ce classique. Vous pouvez par ailleurs retrouver les deux premières œuvres sur YouTube.

La version abrégée de Chardynin relate la nouvelle de Pouchkine d’une façon distante pour des raisons probablement techniques. Les scènes sont filmées en plan général, donc le cadrage de la caméra donne une égale importance entre les décors et les acteurs. Il n’y a aucun rapprochement sur les protagonistes pour développer la psychologie des personnages. Je crois que cette caractéristique était assez commune pour l’époque. Cela dit, je n’ai pas étudié dans le domaine et connais très peu l’histoire des techniques de cinéma…

Un autre élément intéressant est l’amalgamation de certaines scènes pour accélérer le récit. Par exemple, dans le court métrage, Lizaveta remet une lettre à Herman lors du bal lui expliquant comment entrer chez la comtesse, alors qu’en réalité Herman reçoit cette lettre avant la réception. Il attend leur retour de cette fête dans la chambre de la vieille dame. Finalement, Herman meurt au terme du film, différence assez drastique avec les adaptations ultérieures.

Protazanov resta quant à lui assez fidèle à la nouvelle d’origine et respecta le ton du récit ainsi que le déroulement de l’action. Cependant, le réalisateur ajouta une scène passionnante qui est très peu précisée dans le récit de Pouchkine. En effet, nous retrouvons la jeune comtesse Ranevskaya et participons à sa mésaventure à Paris. De plus, il y a une nette élaboration au niveau technique surtout lorsque le fantôme de la comtesse visite Herman.

Nous pouvons voir l’influence de Protazanov sur le film de Dickinson. En effet, nous y retrouvons également une trame avec la jeune Ranevskaya à Paris. Toutefois, il y a l’ajout d’un amant véreux qui séduit la comtesse uniquement pour voler l’argent de son mari. Elle doit alors demander l’aide de Saint-Germain pour récupérer cette somme au jeu de Faro. Nous retrouvons en complément un triangle amoureux entre Lizaveta, Herman et un autre officier de l’armée. Ce jeune protagoniste voit clair dans le jeu de l’avare et tente de protéger la demoiselle en détresse. Récit typique d’un bon vieux triangle amoureux… mais en même temps, c’est ce qui fait le charme du film.

Tout au long de l’adaptation, il a de petits ajouts, par-ci par-là, qui selon moi, renforcent la narration dramatique du récit. Le jeu des acteurs, théâtral et grandiose, est tout simplement sublime. Enfin, si l’esthétique des films en noir et blanc des années 40 vous intéresse, La reine de pique vous comblera.

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