H. P. Lovecraft La couleur tombée du ciel Films Horreur
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La saison des Perséides selon Lovecraft

En ce mois d’août reconnu pour être la saison des Perséides, cette pluie d’étoiles filantes cosmique à souhait, observons le zénith et l’univers vaste, sombre et infini qui nous entoure. Qui sait? Peut-être y verrons-nous une lueur spectrale? Une couleur au-delà de notre compréhension? Je vous propose donc de visionner Color out of Space également intitulé La couleur tombée du ciel.

Basé sur la nouvelle écrite et publiée en 1927 par H. P. Lovecraft, le film fut adapté, coécrit et réalisé par Richard Stanley en 2019. Produit par SpectreVision, compagnie d’Elijah Wood, Daniel Noah et Josh C. Waller, cette maison de production se concentre principalement sur les genres de l’horreur. Vous pouvez explorer leur site Internet ici. Celle-ci est reconnue entre autres pour A Girl Walks Home Alone at Night d’Ana Lilly Amirpour (2014), Mandy de Panos Cosmatos (2018) et Daniel Isn’t Real d’Adam Egypt Mortimer (2019). J’adore leurs choix esthétiques de scénarios et je consacrerai certainement un de ces jours un article à l’ensemble de leurs films!

Avec plus de la moitié de mon défi lecture 2020 entamé (à lire juste ici) ; j’en suis arrivé à la conclusion que l’adaptation cinématographique d’une nouvelle ne pouvait être une réussite que sous la forme d’un court métrage. Et bien, Color out of Space m’a convaincu du contraire. Tout dépend du contenu de la nouvelle ainsi que l’écriture du scénario. Dans le cas du film que je vous présente, Scarlett Amaris et Richard Stanley respectent majoritairement le récit, l’univers et l’atmosphère anxiogène de Lovecraft, tout en modernisant et modelant l’histoire à leur manière.

Dans la nouvelle comme dans le film, nous suivons la descente aux enfers de la famille Gardner. Ils habitent sur une ferme coupée du monde en plein milieu de la forêt sombre et ancienne d’Arkham. Cette dernière est une ville imaginaire inventée par l’auteur et située au Massachusetts en Nouvelle-Angleterre. Leur quotidien est chamboulé lorsqu’une météorite frappe leur terre près du puits d’eau autonome. Un organisme d’une couleur indescriptible prend graduellement le contrôle de leur esprit et de leur corps jusqu’au dénouement tragique.

Les changements apportés au récit par Amaris et Stanley concernent l’époque, qui se déroule de nos jours ; la durée des événements qui passe de deux ans à quelques jours ; ainsi que la modification ou l’ajout de certains personnages comme les enfants des Gardner. Au lieu d’être trois garçons, une adolescente prénommée Lavinia y est substituée. De plus, les chevaux deviennent de mignons alpagas. Enfin, ils sont mignons jusqu’à ce qu’ils ne le soient plus… Kof! Kof!

Les acteurs, dont Nicolas Cage, Joely Richardson, Tommy Chong, Madeleine Arthur, Brendan Meyer, Julian Hilliard et Elliot Knight s’appliquent à merveille tout en incarnant de manière crédible la transition cosmique qui transcende leur personnage. Le seul bémol qui pourrait légèrement vous déranger concerne la dramatisation du père interprété par Nicolas Cage. Enfin, il est reconnu pour exagérer ses rôles… Outre les explosions sentimentales, comiques et parfois décalées de ce dernier, je considère le jeu des comédiens comme sincère et intense dans le sens positif du terme.

La couleur employée pour l’entité extraterrestre, qui selon la nouvelle est indescriptible, n’est autre qu’un mélange de mauve, fuchsia et bleu. Devant inévitablement montrer celle-ci, la sélection des couleurs rend justice au récit et soutient merveilleusement bien le cauchemar visuel et technicolor du film. Les effets spéciaux numériques, quoique piètres en comparaison à d’autres films, sont créés avec une franche passion (surtout la petite bestiole mutante entre une sauterelle et un papillon aux yeux multiples, adorable comme tout). L’ajout d’effets spéciaux pratiques et sanglants a définitivement sauvé la mise.

Un élément supplémentaire garantissant le succès du projet concerne l’arrangement orchestral de Colin Stetson. Ce dernier est saxophoniste et compositeur reconnu également pour la musique du film Héréditaire d’Ari Aster (2018). Atmosphérique, troublante et dissonante, j’écris mon article en écoutant la bande sonore en boucle. Elle m’inspire d’ailleurs lors de mes phases créatives depuis le début de l’année!

Il est dommage que Color out of Space n’eut qu’une sortie limitée dans les cinémas au début de 2020. J’aurai adoré voir le film sur grand écran… J’ai dû me contenter de mon salon, car il ne fut distribué qu’une semaine dans une unique salle au fin fond de Montréal à des heures inaccessibles pour moi. Les films d’auteur parfois obscurs n’obtiennent pas l’attention du grand public qu’il leur est dû. Heureusement, Color out of Space et Richard Stanley reçurent des critiques favorables aux festivals durant l’automne 2019.

Ce long métrage fut le premier véritable projet en plus de vingt ans pour le cinéaste sud-africain. Élevé au stade de génie vers la fin des années 80 et le début des années 90, Stanley sombra dans l’oubli après le fiasco du film L’Île du docteur Moreau (1996). Il démissionna dès les premiers jours de tournage en raison de conflits majeurs avec les têtes d’affiche, soit Marlon Brando et Val Kilmer. John Frankenheimer remplaça Stanley à la direction du film et le scénario fut complètement modifié pour satisfaire les acteurs. Le karma étant ce qu’il est, L’Île du docteur Moreau (1996) fut un échec total…

Color out of Space fut un de mes coups de cœur instantané pour 2020. J’espère sincèrement que nous pourrons voir de nouveaux projets créés par Richard Stanley et surtout surveiller attentivement les productions de SpectreVision! Elles sont absolument géniales!

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