H. P. Lovecraft The sleeping king
Lectures

Lovecraft revu et augmenté

J’adore les récits lovecraftiens! Surtout ceux qui ne sont pas écrits par Lovecraft. Pourquoi? Eh bien, pour une raison que j’ignore, ces univers résonnent en moi et me fascinent. Lorsque la frontière entre notre réalité et celle où l’on découvre à quel point nous sommes petits dans le cosmos est transcendée… il y a un je ne sais quoi qui me fait dire ouf! J’ai des frissons rien qu’à y penser. Quel ne fut pas mon bonheur quand j’ai déniché le court roman The Ballad of Black Tom de Victor Lavalle!

Dans mon article : Une cosmologie de monstres, je mentionnais brièvement pourquoi j’apprécie l’univers de Lovecraft sans nécessairement aimer les histoires de cet auteur… Je n’ai pas changé d’avis, c’est toujours le cas. Les descriptions sont longues et parfois incompréhensibles, mais surtout extrêmement racistes. Victor Lavalle a su avec brio se réapproprier la courte nouvelle intitulée The Horror at Red Hook qui fut originalement publiée en 1927 dans la revue Weird Tales.

Nous y retrouvons, comme dans la nouvelle de base, le policier Thomas Malone ainsi que le richissime Robert Suydam qui est féru d’occultisme. Cependant, l’histoire est racontée du point de vue du jeune Afro-Américain Charles Thomas Tester. Ce dernier tente tant bien que mal de survivre dans un New York raciste et oppressant des années 1920. Un lieu qui ne fait pas de concessions à notre héros. Tester est pris entre Suydam qui souhaite réveiller l’entité nommée « The sleeping king » et Malone. Ce dernier et son coéquipier n’hésitent pas à tuer de sang-froid le père du protagoniste pour obtenir les informations nécessaires à leur enquête.

Lavalle a conservé le racisme et la xénophobie de Howard Phillips Lovecraft, car ils sont non seulement historiques mais malheureusement encore d’actualité. L’auteur a su élaborer son récit en le remettant dans son contexte sociohistorique tout en dénonçant ces injustices avec… disons avec neutralité par manque d’un meilleur mot.

Là où Lovecraft radote à n’en plus finir pour décrire son univers indéfinissable, Victor Lavalle est concis, structuré et il comprend parfaitement l’atmosphère qui se dégage de l’œuvre originale. Il n’essaie pas de renier, de démonter ou refaire complètement l’histoire lovecraftienne et je crois que c’est ce qui fait son succès. Tout comme Shaun Hamill avec son roman Une Cosmologie de monstres, Lavalle est un conteur hors pair qui a réussi son coup. Il a par ailleurs gagné deux prix littéraires pour son roman, soit le prix Shirley-Jackson en 2016 ainsi que le prix British Fantasy en 2017.

« Nobody ever thinks of himself as a villain, does he? Even monsters hold high opinions of themselves. » (Page 48)

The Ballad of Black Tom est une œuvre à découvrir et savourer.

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