Films d'horreur Classiques
Analysons un bon vieux film

Mimic (1997)

Tirez-vous une bûche… c’est le temps d’analyser un bon vieux film!

Réalisant à la dernière minute que le film pour mon segment datait de 2001 et non 1999 comme je le croyais initialement, je me suis retrouvé complètement au dépourvu. Je souhaite premièrement sélectionner des films provenant du corpus cinématographique du 20e siècle. Ensuite, je vous avais déjà mentionné la prochaine décennie en vedette lors de mon étude pour le film Curse of the Demon (lire ici). Je tenais donc à respecter mon engagement.

Bref, j’ai consulté en désespoir de cause plusieurs listes pour m’inspirer, car j’imaginais tout bêtement que cette décennie était l’une des plus ennuyantes pour le genre de l’horreur. Quelle erreur de ma part! Certes, les franchises s’essoufflaient peu à peu, comme Halloween, Friday the 13 th et A Nightmare on Elm Street, néanmoins un vent de nouveauté arrivait tranquillement. The Silence of the Lambs (1991), Seven (1995), The Blair Witch Project (1999), Ringu (1998), In the Mouth of Madness (1994), Scream (1996), Candyman (1992)… les années 90 regorgent de films d’horreur passionnants. Et j’ai à peine nommé une fraction des titres merveilleux produits à cette époque!

Mon premier instinct fut de vous présenter mon film d’épouvante d’enfance : Sleepy Hollow de Tim Burton (1999). Cependant, pendant mes recherches je suis tombé sur un film moins connu qui m’avait donné bien des frissons lors de ma première écoute, soit Mimic de Guillermo del Toro (1997). Ayant visionné ce dernier il y a fort fort longtemps, je n’avais jamais associé le nom du réalisateur à ce projet. Et pourtant, j’adore les univers que del Toro a créés avec Pan’s Labyrinth (2006) et Crimson Peak (2015). Mais, ne vous en faites pas, je reviendrai un de ces jours sur Sleepy Hollow!

Réalisateur mexicain né en 1964, Guillermo del Toro est sans conteste un véritable admirateur du cinéma de genre. Monstres, fées, vampires, robots et superhéros parsèment son œuvre, et ce dès son premier long métrage intitulé Cronos (1993). Même lorsqu’il porte le chapeau de producteur avec des films comme L’orphelinat (2007), Mama (2013) ou encore Scary Stories to Tell in the Dark (2019), sa passion ne peut être cachée!

Ses projets obtiennent en général une réception partagée de la part des critiques et du public. Malheureusement, les films de genre sont automatiquement associés à tort aux films douteux de série B, série Z et autres nanars de ce monde. Ce qui est parfois le cas, soyons honnêtes. Néanmoins, certains films de série B à l’exemple de Mimic (1997) sont d’authentiques pépites d’or.

Ses œuvres les plus reconnues et primées sont Pan’s Labyrinth (2006), Pacific Rim (2013) et The Shape of Water (2017) qui fut d’ailleurs récompensée par le prix du meilleur film lors de la 90e cérémonie des Oscars. Guillermo del Toro est le genre de réalisateur qui peut créer autant des projets bizarres, sensibles et personnels que des mégas « blockbusters » américains. Tout le monde peut y trouver son compte parmi les titres de sa filmographie.

Avertissement : J’examine et décortique le film dans son ensemble dans un ordre qui ne suit pas nécessairement la logique narrative de « début à la fin ». Donc, si vous n’avez pas vu ce classique, je vous suggère fortement de le visionner avant de lire ma chronique… je vais attendre, ne soyez pas inquiet… c’est bon? Vous l’avez écouté? Parfait! Nous pouvons commencer.

Mimic (1997), comme je l’ai découvert lors de mes recherches pour ce segment, est basé sur la courte nouvelle d’à peine quatre pages de Donald A. Wollheim (1914-1990). Auteur et éditeur américain de science-fiction, je ne connaissais aucun de ses textes. Après la lecture de Mimic, je souhaite sincèrement m’attarder à son corpus littéraire. Brrr! Cette histoire absolument fascinante fut publiée pour la première fois en 1942 dans la revue Astonishing Stories. Wollheim a écrit sous de nombreux pseudonymes, dont David Grinnell, Arthur Cooke, Braxton Wells et j’en passe. Il reçut plusieurs distinctions majeures, dont le Prix Hugo, le Prix Locus et le Prix Solstice.

Vous pouvez lire Mimic gratuitement sur le site Internet The Unz Review : An Alternative Media Selection (ici). Vous pouvez également fermer vos yeux, puis écouter la voix grave et posée de Christian Bravery vous relater la nouvelle sur sa chaine YouTube intitulée Savage Bites (juste là).

« It is less than five hundred years since an entire half of the world was discovered. It is less than two hundred years since the discovery of the last continent. The sciences of chemistry and physics go back scarce one century. The science of aviation goes back forty years. The science of atomics is being born.

And yet we think we know a lot.

We know little or nothing. Some of the most startling things are unknown to us. When they are discovered they may shock us to the bone. » (Page 119)

Ainsi débute la nouvelle de Wollheim. Écrite de façon concise avec une atmosphère sombre et mystérieuse à souhait, l’histoire nous est racontée par un jeune homme travaillant dans un musée. Depuis son plus jeune âge, l’homme au manteau noir fait subtilement partie de la vie du narrateur comme une figure présente en arrière-plan. Un jour en marchant dans la rue, le narrateur est accosté en panique par le propriétaire de l’immeuble où vit cette figure silencieuse. Forçant leur entrée dans l’appartement d’où proviennent des bruits obscurs, ils y découvrent l’homme en question gisant mort au milieu de la pièce dépourvue de meubles.

« We turned over the stranger, took the cloak off. For several instants we saw nothing amiss…

At first we saw a man, dressed in a somber, featureless black suit. He had a coat and skin-tight pants.

His hair was short and curly brown. It stood straight up in its inch-long length. His eyes were open and staring. I noticed first that he had no eyebrows, only a curious dark line in the flesh over each eye.

It was then that I realized that he had no nose. But no one had ever noticed that before. His skin was oddly mottled. Where the nose should have been there were dark shadowings that made the appearance of a nose, if you only just glanced at him. Like the work of a skillful artist in a painting.

His mouth was as it should be, and slightly open – but he had no teeth. His head perched upon a thin neck.

The suite was – not a suit. It was part of him. It was his body. What we thought was a coat was a huge black wing sheath, like a beetle has. He had a thorax like an insect, only the wing sheath covered it and you couldn’t notice it when he wore the cloak. » (Pages 121-122)

Le remue-ménage suspect émane d’un coffre d’où surgissent des insectes ressemblant à des hommes miniatures. Brrr! L’auteur intercale ingénieusement l’action du récit avec des descriptions et des explications sur le mimétisme. Car, comme le suggère le titre de la nouvelle, il est question ici d’évolution et d’adaptation. L’homme au manteau noir n’est autre qu’un insecte femelle qui a su se cacher parmi les êtres humains pour survivre. Si vous souhaitez comprendre ce qu’est le mimétisme, j’ai trouvé une courte vidéo YouTube (ici). Incroyable!

Certains animaux et insectes ont développé des capacités physiques au fil du temps pour contrer les menaces et se camoufler. Des araignées qui ressemblent à des fourmis peu appétissantes, des mantes religieuses qui visuellement évoquent une orchidée pour attirer leurs proies, des oiseaux sans défense aux plumages qui imitent celui des faucons et des buses… La nature est sacrément bien faite!

Alors, quand est-il du film? Les scénaristes, Matthew Robbins et Guillermo del Toro ont dû bien évidemment développer le concept, car quatre pages ne suffisent pas pour compléter un film traditionnel d’une centaine de minutes. Tout en respectant le côté mimétisme du récit d’origine, l’adaptation cinématographique incorpore plusieurs personnages et niveaux narratifs pour créer une histoire complexe remplie d’action.

Bref, Manhattan fait face à une épidémie transmise par les cafards. Cette nouvelle maladie contamine spécifiquement les enfants et ces vilaines petites bestioles résistent aux composés chimiques pour les exterminer. Pour sauver la situation, la docteur Susan Tyler, entomologiste et généticienne, développe en laboratoire un insecte modifié intitulé Judas. Relâchés dans les égouts de New York, ils réussissent à éradiquer la menace. De plus, ils ont été conçus pour mourir et disparaître après six mois. Kof! Kof! Trois ans plus tard, Susan et son mari sont confrontés à des créatures létales cachées dans les bas-fonds de la ville.

Films d'horreur Insectes Génétique
Trois ans plus tard…

Mimic (1997) est un curieux projet. Je ne m’en étais pas aperçu lors de ma première écoute, mais il y a indéniablement une dissonance dans le ton du récit. D’un côté, certaines séquences sont noires, horrifiques et regorgent de sang. Par exemple, la scène où deux jeunes adolescents meurent de façon atroce aux pattes de ces insectes génétiquement modifiés. De l’autre côté, des péripéties typiquement hollywoodiennes, prévisibles, convenues et conservatrices. La fin en est un bon exemple, car non seulement le héros sort indemne d’une immense explosion peu réaliste dans les tunnels de la ville, mais il rejoint pratiquement sans une brûlure sa femme et Chuy. Ce dernier est un enfant autiste qui a survécu aux créatures et a perdu son père du même coup. Bref, le film se termine sur l’étreinte des trois personnages formant l’image de la famille nucléaire idéale.

Dans plusieurs entrevues, del Toro mentionne à quel point il déteste son propre film, car les producteurs lui ont mis des bâtons dans les roues tout au long du tournage. Ainsi, ce sont les contraintes budgétaires qui ont créé cette dissonance. Guillermo del Toro a dû se plier aux exigences des sociétés de production Dimension Films et Miramax. Malheureusement, ce genre de situation arrive plus souvent qu’on pourrait le croire.

Malgré certaines scènes conventionnelles, l’aspect physique du monstre fut bien réussi. Bon, les effets spéciaux numériques ont un peu mal vieilli, mais les effets spéciaux pratiques complètent à merveille l’action du récit. Je pense spécifiquement à deux scènes. Lorsqu’on découvre durant l’autopsie que le visage de l’homme cache en fait celui de la créature. Puis, la scène dans le wagon abandonné!!! Les protagonistes y sont pris au piège et ils doivent enduire leur corps avec une matière visqueuse. Celle-ci provient d’une des créatures mortes et leur permet de cacher leur odeur aux autres prédateurs. Brrr!

La majorité du film se déroulant dans les tunnels et les égouts de la ville, les décors sont sombres, sales et l’on peut pratiquement sentir la puanteur et l’humidité des lieux sur notre peau. Fantastique! Mimic (1997) n’est absolument pas un chef-d’œuvre cinématographique, cependant il en vaut le visionnement et vous passerez un excellent moment. Pour ceux qui souffrent d’entomophobie, soit la peur des insectes volants, et de claustrophobie tenez-vous loin de ce film!

J’ignore encore à quelle époque je vous amènerai lors de ma prochaine chronique pour le segment Analysons un bon vieux film, mais je peux vous garantir que ce sera en 2021! Vivement le changement d’année…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :