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Monster, She Wrote

Monster, She Wrote: Ann Radcliffe (1764-1823)

L’année a commencé en beauté avec mon défi lecture Monster She Wrote et The Blazing World (1666) de Margaret Cavendish (lire ici). Aujourd’hui, je suis heureuse de continuer sur ma lancée en vous présentant Les mystères d’Udolpho d’Ann Radcliffe (1794).

Plus d’un siècle après Cavendish, Ann Radcliffe (1764-1823) entama sa carrière d’écrivaine durant l’âge d’or de la littérature gothique. Je rédige mon article le 7 février, l’anniversaire de sa mort, et il est tout à fait fascinant de voir que ses récits sont lus et appréciés près de 200 ans plus tard! Nous connaissons très peu la vie d’Ann Radcliffe outre sa naissance au sein d’une famille modeste, son mariage avec le journaliste William Radcliffe ainsi que les livres qu’elle nous a légué. Sur un peu plus d’une décennie, entre 1789 et 1802, elle publia huit romans. Ces titres ont grandement influencé le courant littéraire gothique ainsi que de nombreux écrivains tels Jane Austen, Paul Féval, Edgar Allan Poe, Sir Walter Scott ou encore le marquis de Sade.

Le roman gothique, originaire de la Grande-Bretagne, s’échelonna environ entre 1760 et 1830. Devenus un style à part, plusieurs romans modernes s’inspirent de ces stéréotypes. Par exemple, les décors comprennent généralement un château ou un couvent délabré ; il n’est pas rare d’y croiser des religieux ou encore des femmes persécutées comme personnages principaux ; les situations plus rocambolesques les unes que les autres sont dans la veine du pacte infernal, de l’enlèvement à répétition, des secrets du passé qui hantent les héros, etc.

Ce n’est pas de « l’horreur » pure et dure, mais bien son ancêtre qui mélangeait en fait le macabre et le sentimental. D’ailleurs, Radcliffe insistait pour faire la distinction entre « horreur » et « terreur ». Autant le premier était pour elle signe de mauvais goût, autant le deuxième, lorsqu’il était bien exécuté, devenait de la grande littérature. Un article de l’auteure, intitulé On the Supernatural in Poetry, fut publié post-mortem en 1826 dans le Monthly Magazine and Literary Journal où elle explique en détail cette différence.

Comment savoir si le livre que vous tenez entre vos mains est bien de la littérature gothique? C’est simple comme tout. J’ai créé juste pour vous une liste à cocher que j’ai nommée « Comment reconnaître la littérature gothique ».

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Affiche créée gratuitement sur le site Internet Canva Les griffes de la forêt © Tous droits réservés

Parmi les livres d’Ann Radcliffe, Les mystères d’Udolpho est probablement le plus connu et le populaire. Il est cité par plusieurs experts comme l’archétype du roman gothique, rien de moins! Pavé de plus de 600 pages, c’est ce que j’appelle un roman « popcorn ». Les aventures loufoques sauront vous garder occupé et vous feront tourner les pages, malgré la prose sentimentale ornée de descriptions à n’en plus finir… Histoire publiée en 1794 en quatre volumes, nous suivons les désagréments de la jeune et innocente orpheline française Émilie Saint-Aubert.

Les premiers chapitres, bien plus un récit de voyage qu’une œuvre de fiction, font le portrait de la région du Languedoc où Émilie et son père sont en promenade de santé. Ironiquement, c’est à cet endroit que le comte Saint-Aubert, père de l’héroïne, meurt d’une maladie pulmonaire. Durant ce voyage fatidique, Émilie y rencontre Valancourt, un chevalier sans influence, qui deviendra l’unique intérêt sentimental et la seule raison d’être de la jeune demoiselle. Personnellement, je trouve cet homme bien indigne d’Émilie. Alors qu’elle subit mille et une menaces émotionnelles et psychologiques, Valancourt l’oublie en se saoulant à Paris et en perdant au jeu le peu d’argent qu’il possède… Sans commentaires!

Bref, une fois Saint-Aubert décédé, Émilie vit sous la tutelle de sa tante madame Chéron. Cette dernière est non seulement une femme superficielle et veine, mais elle se marie rapidement avec le ténébreux Signor Montoni. Italien et catholique, il souhaite usurper les richesses de madame Chéron et par la même occasion celles léguées par le père d’Émilie. Elles partent donc en Italie avec Montoni, premièrement à Venise, puis au château d’Udolpho dans les Apennins situés dans le nord du pays. Le Signor essaie de forcer Émilie à épouser le comte Morano contre sa volonté. Il lui fait même signer un papier sans qu’elle s’attarde sur les détails… où bien évidemment elle consent au mariage. Kof! Kof! Mesdames, lisez les contrats avant de signer!

Comme vous pouvez vous imaginer, drames et persécutions s’ensuivent. Lorsque le titre indique « les mystères d’Udolpho », croyez-moi, mystères il y a! Bon, je commence à écrire à la « Yoda »… Je ne vous révèlerai pas tous les revirements de situations, car ce serait un article très très long. Combats d’épée ; deux tentatives d’enlèvement ; de la torture physique et psychologique ; des apparitions de fantômes qui en fin de compte ne sont pas des spectres, mais des pirates (oui, vous avez bien lu : des pirates!) ; des secrets de famille cachés un peu partout en Italie et en France…

Ouf! Malgré le ton humoristique que j’ai pris pour décrire le roman, j’ai adoré mon expérience! J’aurais bien secoué à plusieurs reprises l’héroïne, car elle pleure littéralement durant 90 % du récit et s’évanouit le reste du temps. C’est un personnage passif qui a peu de motivation outre aimer inconditionnellement Valancourt et chanter durant la nuit des romances françaises. Elle est également sauvée par des hommes, ce qui m’irrite un peu, mais il ne faut pas oublier que c’est un roman écrit à la fin du 18e siècle. Si vous êtes passionné par les romans de cape et d’épée et les intrigues sentimentales à la Jane Austen, alors Les mystères d’Udolpho est pour vous!

À une époque où les femmes avaient peu de droits sur leur propre vie, Ann Radcliffe et ses histoires d’aventures terrifiantes ont inspiré de nombreuses auteures à prendre la plume. Un roman à la fois, ces écrivaines ont fait évoluer les genres de l’horreur. En mars, je lirai pour la première fois Frankenstein de Mary Shelley. LE classique des classiques!

Si vous souhaitez vous joindre à moi pour découvrir ces récits fondateurs, voici un aperçu de mes lectures en 2021 :

Janvier : The Blazing World de Margaret Cavendish (1666)

Février : The Mysteries of Udolpho de Ann Radcliffe (1794)

Mars : Frankenstein de Mary Wollstonecraft Shelley (1818)

Avril : Clermont de Regina Maria Roche (1798)

Mai : Manfroné or, The One-Handed Monk de Mary Anne Radcliffe (1809)

Juin : Zofloya or The Moor de Charlotte Dacre (1806)

Juillet : Lois the Witch de Elizabeth Gaskell (1859)

Août : Weird Stories de Charlotte Riddell (1882)

Septembre : The Collected Supernatural and Weird Fiction de Amelia Edwards (Nouvelles publiées au cours de sa carrière au 19e siècle)

Octobre : Of One Blood de Pauline E. Hopkins (1902)

Novembre : Hauntings and Other Fantastic Tales de Vernon Lee (Nouvelles publiées au cours de sa carrière au 19e et 20e siècle)

Décembre : A Beleaguered City and Other Tales of the Seen and Unseen de Margaret Oliphant (1880)

2 commentaires

  • Isabelle

    Vraiment intéressant… une mine d’information! Et ce style d’écriture a dû devenir, au cours de cette époque, une très bonne façon de donner une place de choix à tous les exutoires nécessaires à un certain équilibre de santé mentale de la gente féminine…!
    Je pense sérieusement à emprunter certains de ces traits caractériels qui donneraient un aspect terrifiant à mes propos,.. tout en ponctuant d’épisodes d’aventures rocambolesques toutefois sans y entendre le moindre « couinement » féminin !!
    Si on avait à écrire notre premier roman… est-ce un style d’écriture qui s’utilise encore ??

    • squirrel

      L’écriture fut définitivement libératrice pour ces femmes! Un petit pas qui a encore des répercussions sur les auteures contemporaines, j’en suis certaine! Et puis, le style gothique est toujours d’actualité, lorsque l’on comprend les éléments qui forment cette littéraire, il est facile de reproduire ce dernier. Je lis actuellement « Mexican Gothic » de Silvia Moreno Garcia! Tout est possible, il suffit de faire confiance à son imaginaire.
      -R-

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