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Monster, She Wrote

Monster She Wrote: Charlotte Dacre, 1771-1825

« She turned of an ashy paleness as cold hatred and desire for revenge took possession of her vindictive soul. » – Zofloya ; or, The Moor

Voilà déjà six mois que j’ai entamé mon défi lecture Monster She Wrote et je dois avouer que je commençais légèrement à désespérer… Héroïne après héroïne qui se fait enlever ou qui s’évanouit à la moindre épreuve, ça devient à la longue quelque peu exaspérant! La littérature gothique intéressante et fondatrice pour le genre de l’horreur est assurément un goût à acquérir. Charlotte Dacre, l’un des pseudonymes de Charlotte Byrne, fait fi des valeurs victoriennes et des stéréotypes réducteurs pour nous offrir des personnages aux antipodes de la bienséance. Pas de descriptions de paysage ou d’extraits de poésie entre ces pages. Non. Ici, vous retrouverez des femmes vaines et cupides qui par leurs propres actions mènent leurs âmes aux portes de l’enfer! Zofloya ; or, The Moor, soit Zofloya, ou le Maure pour la version française, est un véritable vent de fraîcheur!

Née à Londres d’une famille juive, la vie de cette auteure britannique nous est très peu connue. Elle a écrit quelques poèmes ainsi que quatre romans sous divers pseudonymes, dont Dacre et Rosa Matilda. Ses histoires, plus scandaleuses les unes que les autres, sont reconnues pour leurs héroïnes hors normes aux multiples défauts qui n’ont pas peur d’exposer leurs désirs et leurs ambitions. Selon les standards imposés aux femmes de lettres de l’époque, Charlotte Dacre fut une révolutionnaire. Avec un style considéré comme masculin qui se rapproche de ses comparses tels Matthew Lewis (Le moine, 1796), ses récits de débauches moralisateurs vous enchanteront!

Publié pour la première fois en 1806 sous le pseudonyme de Rosa Matilda, Zofloya fut complètement démonté par la critique. Le trouvant offensant et pervers à la limite de la pornographie, plusieurs l’ont comparé à une pâle imitation du roman de Lewis. Ce qui n’est pas tout à fait faux, cependant Zofloya n’est en aucun cas une parodie et en définitive vous n’y retrouverez aucun moine… Vous pouvez lire la version française gratuitement sur le site Internet Project Gutenberg (ici).

Située en Italie au 15e siècle, comme tout bon roman gothique qui se respecte, l’histoire relate les mésaventures de la famille de Loredani. Le point de fracture commence au début du premier volume lorsque le comte Adolphe, un homme cruel et perfide, corrompt l’épouse du marquis de Loredani, Laurina. Abandonnant sa réputation, son mari et leurs deux enfants, Victoria et Léonardo, la belle et vaniteuse Vénitienne par cette seule action compromet le futur de son entourage. Le marquis est tué par Adolphe, Léonardo renie ses origines et se transforme en brigand doublé d’un assassin, tandis que Victoria devient tout d’abord la maîtresse, puis la femme du comte de Béranza.

Jalouse et envieuse, elle tombe amoureuse de son beau-frère, Henriquez. Elle se débarrasse de son époux en l’empoisonnant, enlève et séquestre Lilla, la fiancée d’Henriquez, pour finalement la poignarder à de multiples reprises lorsque ce dernier décline ses avances en se suicidant. Victoria, guidé par le ténébreux maure prénommé Zofloya, termine son tumultueux cheminement en enfer, car l’esclave se révèle être Satan en personne. Extrêmement bien ficelé, le récit entremêle les différentes destinées des membres de la famille pour au final converger vers le personnage de Victoria. Refusant toute rédemption, même lorsqu’un ange tente de la prévenir en songe, son âme est condamnée aux flammes éternelles.

Malgré la morale bien ressentie, particulièrement lorsque l’auteure s’adresse directement aux lecteurs pour les mettre en garde contre la luxure et autres péchés capitaux, Dacre repousse les limites imposées aux héroïnes gothiques. Victoria, nullement désœuvré ou amorphe, prend en charge son avenir. Elle manipule les gens qui l’entourent sans scrupule et surtout elle n’hésite pas à user de violence, ce qui jusqu’alors était exclusivement réservé aux personnages masculins. Elle est certes punie pour ses actions, mais après les protagonistes fades et sans but de Regina Maria Roche (lire mon article ici) et Mary Anne Radcliffe (lire juste là), Victoria m’a captivé du début à la fin.

Zofloya ne regorge pas de péripéties rocambolesques à la Clermont ou à la Manfroné, cependant Dacre a su exposer une vision de la femme complètement à l’opposé des clichés. De l’ensemble de mes lectures pour le documentaire Monster, She Wrote : The Women Who Pioneered Horror & Speculative Fiction, Frankenstein (lire ici) et Zofloya sont des classiques que je relirai volontiers! En juillet, j’analyserai : Lois the Witch de Elizabeth Gaskell! Nulle autre que l’auteure de Nord et Sud qui est parmi l’un de mes romans préférés du 19e siècle au côté Jane Eyre de Charlotte Brontë!

N’hésitez pas à vous joindre à moi pour découvrir ces classiques, voici le calendrier pour 2021 :

Janvier : The Blazing World de Margaret Cavendish (1666) (Lire ici)

Février : The Mysteries of Udolpho de Ann Radcliffe (1794) (Lire ici)

Mars : Frankenstein de Mary Wollstonecraft Shelley (1818) (Lire ici)

Avril : Clermont de Regina Maria Roche (1798) (Lire ici)

Mai : Manfroné or, The One-Handed Monk de Mary Anne Radcliffe (1809) (Lire ici)

Juin : Zofloya or the Moor de Charlotte Dacre (1806)

Juillet : Lois the Witch de Elizabeth Gaskell (1859)

Août : Weird Stories de Charlotte Riddell (1882)

Septembre : The Collected Supernatural and Weird Fiction de Amelia Edwards (Nouvelles publiées au cours de sa carrière au 19e siècle)

Octobre : Of One Blood de Pauline E. Hopkins (1902)

Novembre : Hauntings and Other Fantastic Tales de Vernon Lee (Nouvelles publiées au cours de sa carrière au 19e et 20e siècle)

Décembre : A Beleaguered City and Other Tales of the Seen and Unseen de Margaret Oliphant (1880)

2 commentaires

  • Isabelle

    Je tiens à dire que je suis impressionnée de toutes ces distinctions littéraires mais surtout intrigantes et provocantes comme il le faut pour se faire entendre de ceux qui ont limitativement prédéfini les multitudes de règlements du bien vivre en société.
    Je suis très heureuse et tellement fière de faire partie de celles qui ont misé sur des succès, sans vraiment le savoir, littéraires d’époque ; Elizabeth Gaskell, Nulle autre que l’auteure de Nord et Sud qui est parmi l’un de mes romans préférés du 19e siècle au côté Jane Eyre de Charlotte Brontë!
    À 14 ans, « Jane Eyre » faisait déjà partie de ma vie littéraire… Nord et Sud arriva plus tard !
    Mes goûts ne m’ont malheureusement pas porté jusqu’à l’écriture de Charlotte Byrne et ses autres courageuses aventurières si singulières.🧐

    • squirrel

      Oui! Il est super intéressant de découvrir des auteures plus « obscures » qui ne sont pas publicisées ou mises de l’avant autant que Jane Austen, Charlotte Brontë et cie! Charlotte Dacre m’a particulièrement impressionnée surtout dans l’exploitation des thématiques tout au long de son roman Zofloya. Et dire que les auteures présentées dans le document Monster She Wrote : The Women Who Pioneered Horror & Speculative Fiction ne sont qu’une infime partie de ces femmes qui ont permis au genre et à la littérature en général d’évoluer! Passionnant, fascinant et surtout inspirant!
      -R-

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