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Monster, She Wrote

Monster She Wrote: Charlotte Riddell, 1832-1906

« While he was so engaged there came a knock at the door of the room – a feeble, hesitating knock, which was repeated more than once before it attracted Mr. Stainton’s attention.

When it did, being still busy with the fire, and forgetting he was alone in the house, he called out, “Come in.”

Along the panels there stole a rustling sort of touch, as if someone were feeling uncertainly for the handle – a curious noise, as of a weak hand fumbling about the door in the dark; then, in as similar manner, the person seeking admittance tried to turn the lock.

“Come in, can’t you?” repeated Mr. Stainton; but even as he spoke he remembered he was, or ought to be, the sole occupant of the mansion. » (Weird Stories, Walnut-Tree House, pages 9-10)

Maisons en décrépitudes héritées d’un lointain parent, testaments perdus, légendes locales, secrets de famille, vengeance, meurtres, corps retrouvés entre les murs… Bien avant que ces derniers deviennent des clichés et stéréotypes usés du genre, les histoires de fantômes connurent leur heure de gloire durant la seconde moitié du 19e siècle. Avec l’augmentation des maladies et des morts à l’ère industrielle ; la notoriété grandissante du spiritisme ; et de la nouvelle science intitulée « psychologie », ces récits émergèrent plus spécifiquement sous la forme de nouvelles publiées dans les revues et magazines populaires.

Ces histoires étaient considérées comme de moindres valeurs ayant pour but unique le divertissement, ainsi plusieurs écrivains se permirent par l’entremise de celles-ci d’émettre des commentaires sociaux tout en repoussant les limites des sujets abordés. Les femmes purent entre autres s’épanouir avec ce genre littéraire où la maîtrise du suspense va de pair avec les descriptions d’ambiance gothique.

L’auteure que je vous présente aujourd’hui est une virtuose en la matière. Comme l’indiquent adéquatement Lisa Kröger et Melanie R. Anderson dans le documentaire Monster She Wrote : The Women Who Pioneered Horror & Speculative Fiction, elle était une conteuse née. Charlotte Eliza Lawson Cowan, d’une famille irlando-britannique, emménagea à Londres en 1855 pour devenir écrivaine. Mariée peu après à Joseph Hadley Riddell, elle publia sous le pseudonyme F. G. Trafford, puis sous son propre nom plus de cinquante romans et nouvelles entre 1858 et 1906. Charlotte Riddell fut également copropriétaire de la revue St. James’s Magazine.

Dans un monde impitoyable d’homme où les femmes étaient rarement bien rémunérées pour leurs œuvres, Riddell travailla inlassablement jusqu’à la toute fin de sa vie. Le manque d’argent et les gens qui vivent au-dessus de leur moyen sont deux de ses sujets de prédilection. En effet, elle dut régler les problèmes financiers de son mari jusqu’à la mort de ce dernier en 1880. En 1901, Charlotte Riddell fut même la première à recevoir une pension annuelle de 60 livres sterling de l’association britannique des auteurs. Elle mourut tristement d’un cancer en 1906 dans l’anonymat. Heureusement, ses textes furent réédités au cours du 20e siècle permettant à de nombreux lecteurs de les découvrir.

À l’époque victorienne, les courts récits étaient énormément appréciés. En contradiction avec son temps sur plusieurs points, Riddell écrivit majoritairement des romans où elle put développer davantage ses thématiques et ses personnages. Même ses nouvelles étaient plus longues que la norme. En tout, elle en publia un peu moins d’une vingtaine, dont six qu’elle rassembla sous la forme d’un recueil en 1882 intitulé Weird Stories. Une première en son genre, car les compilations et les anthologies n’étaient pas encore d’actualité! De plus, l’auteure offrit à son public six histoires originales! À l’époque, ils étaient préalablement accessibles dans des magazines.

En 2009, Victorian Secrets réédita Weird Stories qui comprend les titres suivants : Walnut-Tree House, The Open Door, Nut Bush Farm, The Old House in Vauxhall Walk, Sandy the Tinker et Old Mrs Jones. Charlotte Riddell se spécialisait tout particulièrement dans les récits de maisons hantées. À l’inverse de ses compatriotes tels Charles Dickens, ses revenants ne guident pas les vivants pour les rendre plus sages, mais au contraire, ils sollicitent l’aide de ces derniers pour résoudre leurs morts violentes. Meurtres, disparitions mystérieuses, corps qui doivent être retrouvés, trésors cachés… Ces fantômes errants désespérément dans ces lieux glauques et abandonnés ne laisseront pas les nouveaux résidents en paix sans que justice soit faite.

D’une plume de maître, Riddell vous plonge directement au cœur d’une atmosphère sombre et inquiétante à la gothique. Toutefois, maisons en ruines et orphelins se mêlent aux thématiques plus contemporaines de l’époque comme l’argent, le monde des affaires, l’achat de propriétés inaccessibles ou encore peur des étrangers. Il y a un je ne sais quoi de poétique entre les lignes. L’incipit du texte intitulé The Open Door est tout simplement parfait :

« Some people do not believe in ghosts. For that matter, some people do not believe in anything. There are persons who even affect incredulity concerning that open door at Ladlow Hall. They say it did not stand wide open – that they could have shut it; that the whole affair was a delusion; that they are sure it must have been a conspiracy; that they are doubtful whether there is such a place as Ladlow on the face of the earth; that the first time they are in Meadowshire they will look it up. » (Weird Stories, The Open Door, page 28)

Je ne peux pas trop m’attarder aux nouvelles du recueil sans vous dévoiler leur conclusion, cependant je vous recommande tout spécialement Walnut-Tree House avec le fantôme d’un enfant maltraité ; The Open Door où une porte refuse obstinément de rester fermée ; et Nut Bush Farm où il est fortement déconseillé de faire une promenade nocturne en forêt…

L’auteure trace un portrait peu flatteur du sexe féminin. Elles sont souvent avares, méchantes et laides comme des sorcières, tandis que le narrateur est généralement un homme. Krôger et Anderson n’abordent pas le sujet, mais dans l’introduction de la réédition de 2009, Emma Liggins mentionne cette étrange facette de Riddell. Critiquait-elle la représentation parfaite des femmes dans la société? Ou au contraire le mouvement féministe qui tranquillement prenait forme à l’époque? Qui sait? Du moins, ce ne sont pas les héroïnes pures, fades et sans caractères de la littérature gothique!

Charlotte Riddell a également écrit cinq romans surnaturels que j’ai ajoutés dare-dare à ma liste d’œuvres à découvrir : Fairy Water, The Uninhabited House, The Haunted River, The Disappearance of Mr. Jeremiah Redworth et The Nun’s Curse. Ah! Weird Stories commence à merveille la seconde partie du document Monster She Wrote, soit The Haunting Tales! Idéal pour les journées d’automne pluvieuses… ou même les chaudes journées d’été… ça vous aidera à refroidir votre salon!

En septembre, je lirai le recueil de nouvelles intitulé The Collected Supernatural and Weird Fiction of Amelia B. Edwards. Voilà de belles lectures en perspective en attendant désespérément la saison des frayeurs et du café lattés à la citrouille! Joignez-vous à moi pour l’aventure :

Janvier : The Blazing World de Margaret Cavendish (1666) (Lire ici)

Février : The Mysteries of Udolpho de Ann Radcliffe (1794) (Lire ici)

Mars : Frankenstein de Mary Wollstonecraft Shelley (1818) (Lire ici)

Avril : Clermont de Regina Maria Roche (1798) (Lire ici)

Mai : Manfroné or, The One-Handed Monk de Mary Anne Radcliffe (1809) (Lire ici)

Juin : Zofloya or the Moor de Charlotte Dacre (1806) (Lire ici)

Juillet : Lois the Witch de Elizabeth Gaskell (1859) (Lire ici)

Août : Weird Stories de Charlotte Riddell (1882)

Septembre : The Collected Supernatural and Weird Fiction de Amelia Edwards (Nouvelles publiées au cours de sa carrière au 19e siècle)

Octobre : Of One Blood de Pauline E. Hopkins (1902)

Novembre : Hauntings and Other Fantastic Tales de Vernon Lee (Nouvelles publiées au cours de sa carrière au 19e et 20e siècle)

Décembre : A Beleaguered City and Other Tales of the Seen and Unseen de Margaret Oliphant (1880)

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