Auteures Femmes 17e siècle Science-Fiction Utopies Philosophies Défi lecture 2021
Monster, She Wrote

Monster, She Wrote: Margaret Cavendish, 1623-1673

Nouvelle année, nouveau défi lecture! En novembre dernier, je terminais mon défi annuel, soit l’anthologie de Stephen King intitulé Night Shift (1978). Ce fut tout un parcours, car je lisais une nouvelle par mois, puis visionnais son adaptation cinématographique (lire ma conclusion juste ici). 2020 fut pour l’ensemble de l’univers une période bien bizarre, j’étais donc prête à tourner la page et passer au prochain défi… Alors, en 2021, place aux femmes!

La littérature d’horreur semble d’emblée être un « boys’ club », cependant les auteures, nullement impressionnées, expérimentent avec la fiction spéculative et la fiction d’épouvante depuis leurs origines. Transgressant les bonnes mœurs et les conventions de leurs époques, les écrivaines telles Mary Shelley, Shirley Jackson, Ann Radcliffe ou encore Anne Rice ont sans conteste contribué au corpus historique du genre. De plus, elles ont encouragé les subséquentes générations de femmes à prendre fièrement la plume.

Cette année, j’effectue un voyage dans le temps grâce au documentaire Monster, She Wrote : The Women Who Pioneered Horror & Speculative Fiction de Lisa Kröger et Melanie R. Anderson publié en 2019 aux éditions Quirk Books. Divisé en huit parties, l’ouvrage débute avec les fondatrices du 17e et 18e siècle pour se terminer avec les auteures du futur (rien de moins!) Je lirai mensuellement un chapitre ainsi qu’une œuvre majeure de l’écrivaine vedette. En 2021, je découvrirai donc les deux premières sections, soit les « Founding Mothers » et « Haunting Tales » où les fantômes sont à l’honneur. Je frémis déjà d’excitation!

Voici un aperçu des mois à venir :

Janvier : The Blazing World de Margaret Cavendish (1666)

Février : The Mysteries of Udolpho de Ann Radcliffe (1794)

Mars : Frankenstein de Mary Wollstonecraft Shelley (1818)

Avril : Clermont de Regina Maria Roche (1798)

Mai : Manfroné or, The One-Handed Monk de Mary Anne Radcliffe (1809)

Juin : Zofloya or The Moor de Charlotte Dacre (1806)

Juillet : Lois the Witch de Elizabeth Gaskell (1859)

Août : Weird Stories de Charlotte Riddell (1882)

Septembre : The Collected Supernatural and Weird Fiction de Amelia Edwards (Nouvelles publiées au cours de sa carrière au 19e siècle)

Octobre : Of One Blood de Pauline E. Hopkins (1902)

Novembre : Hauntings and Other Fantastic Tales de Vernon Lee (Nouvelles publiées au cours de sa carrière au 19e et 20e siècle)

Décembre : A Beleaguered City and Other Tales of the Seen and Unseen de Margaret Oliphant (1880)

Ce défi lecture que j’intitulerai Monster, She Wrote, s’étalera sur les quatre prochaines années! Wow! Si vous désirez vous joindre à moi pour cette extravagante épopée, vous êtes plus que bienvenue.

Premier arrêt : The Description of a New World, Called the Blazing-World de Margaret Cavendish publié pour la première fois en 1666. Ce récit d’à peine 120 pages fut sans conteste l’une de mes lectures les plus denses depuis mes études au Cégep… Il faut dire que ce texte est à mi-chemin entre un essai philosophique et une histoire de science-fiction!

Margaret Cavendish (1623-1673), duchesse de Newcastle Upon Tyne, fut une aristocrate britannique, philosophe, scientifique, poétesse et écrivaine prolifique du 17e siècle. Autodidacte, en raison de son statut de « femme », elle lut à un jeune âge l’ensemble de la bibliothèque familiale avec une curiosité insatiable. Ayant un avenir incertain aux possibilités limitées, elle devint demoiselle d’honneur pour la reine Henrietta Maria, femme de Charles 1er. Lorsque ce dernier fut exécuté durant la Première Guerre civile anglaise (1642-1646), Margaret s’exila en France avec la noblesse. Comble de la chance pour cette femme extravagante n’ayant pas la langue dans sa poche, elle y rencontra son futur mari, William Cavendish. Trente ans son aîné, éduqué par nul autre que Thomas Hobbes, William trouva en Margaret son égal au niveau intellectuel.

N’ayant que son titre et sa réputation pour accéder aux sphères dédiées uniquement aux hommes telles les sciences, la politique, etc., elle devint rapidement connue sous le nom de « Mad Madge ». Margaret cultiva en effet sa notoriété en publiant à compte d’auteur, ou plus spécifiquement « à compte d’auteure », de nombreux essais, pièces de théâtre, poèmes et romans. De plus, par l’entremise de son mari, elle put débattre avec les philosophes de l’heure comme Thomas Hobbes, René Descartes, Pierre Gassendi ou encore John Pell. Bref, elle a ébranlé l’image et le rôle de la femme qui lui étaient imposés par la société patriarcale du 17e siècle.

Pour revenir à son récit innovateur The Blazing-World, Margaret Cavendish raconte l’aventure d’une princesse enlevée contre sa volonté par un marin. Tempête après tempête, l’héroïne devient l’unique survivante du bateau, car elle est protégée par les dieux en raison de sa jeunesse et de sa beauté (évidemment). Au pôle Nord, son embarcation traverse dans un autre monde et la noble dame y découvre un univers utopique où guerres et famines n’existent pas.

Il y a un seul empereur, une seule religion et une seule nation tous unifiés dans la paix et l’harmonie. Les animaux se tiennent sur deux pattes, parlent notre langue et sont les égaux des hommes. La princesse rencontre l’empereur et leur union est rapidement célébrée. À partir de ce moment, l’impératrice interroge les grands penseurs de sa nouvelle société, tous représentés par des animaux et des insectes. Comment fonctionnent le Soleil, la Lune et les étoiles? Qu’est-ce qu’une âme? Se retrouve-t-elle dans le sang ou dans la tête avec la raison et la pensée? Etc.

Bref, Cavendish par le biais de la fiction relate son point de vue connu sous le nom de la philosophie de l’esprit. Selon cette dernière, nous serions composés de « matières » divisées en trois niveaux : la « matière rationnelle », la « matière sensitive » et la « matière inerte ». Ainsi, la duchesse considère que l’esprit se localise dans le cerveau et que la pensée est uniquement constituée de « matière rationnelle ». Merci Wikipédia! (Lire la page Wiki juste ici)

Elle a même l’audace de s’inclure dans son propre récit! L’impératrice, à la recherche d’un scribe pouvant l’aider à développer sa pensée critique, fait appel à une humble femme, soit Margaret Cavendish, duchesse de Newcastle elle-même! Tout simplement fascinant!

La difficulté du texte repose non seulement sur les propos philosophiques, du moins pour moi qui ne suis pas polyvalente dans ce domaine, mais également en raison de l’écriture. Ces éléments m’ont donné bien du fil à retordre, car le vocabulaire et la syntaxe datent du 17e siècle. Voici un petit exemple :

« The Empress was very well satisfied with their answers; and after some time, when she thought that her new founded societies of the Vertuoso’s had made a good progress in the several Employments she had put them upon, she caused a Convocation first of the Bird-men, and commanded them to give her a true relation of the two Coelestial Bodies, viz. the Sun and Moon, which they did with all the obedience and faithfulness befitting their duty. » (Page 21)

Les paragraphes interminables sont constitués majoritairement de virgule et point-virgule… ce qui m’a pris un certain temps d’adaptation lors de ma lecture. Je suis toutefois contente d’avoir découvert cette écrivaine exceptionnelle qui a osé s’exprimer à une époque où les femmes n’avaient aucun droit. Je vous encourage à lire son roman qui est considéré par plusieurs comme le premier récit de science-fiction au féminin. Vous pouvez lire ce texte gratuitement sur le site Internet Project Gutenberg (ici).

Blazing-World n’étant pas à proprement parler de l’horreur, Lisa Kröger et Melanie R. Anderson rendent hommage à Margaret Cavendish, car cette femme a à sa manière façonné l’une des premières pierres fondatrices du genre spéculatif.

« I had rather die in the adventure of noble achievements, than live in obscure and sluggish security. » (The Blazing-World)

Prochain arrêt : Les mystères d’Udolpho d’Ann Radcliffe. Écrit durant l’âge d’or de la littérature gothique, je m’attends au minimum à des mystères, un personnage nommé Udolpho et au moins un château en décrépitude… à suivre!

2 commentaires

  • Isabelle

     » The Blazing-World », de Margaret Cavendish… Qui peut se permettre aujourd’hui de raconter sa propre aventure et d’y figurer comme une merveilleuse princesse et par surcroît enlevée…
    Je suis impressionnée par l’empreinte retrouvée de ces femmes qui n’avaient pour ainsi peu d’espoir de vivre totalement une vie active. Active dans leurs pensées profondes, là où elles seules puissent entièrement s’épanouir !!
    À ce jour plus que jamais, dans notre monde contemporain, des centaines d’histoires sont imprimées (Covid-19; tout un phénomène!) sur le calque d’un journal, récit, essais ou même le classique du roman.
    C’est simplement fascinant d’ainsi se raconter. À qui le tour…?

    • squirrel

      Ce nouveau défi lecture est passionnant! Je suis à la moitié du roman « Les Mystères d’Udolpho » d’Ann Radcliffe et j’ai déjà hâte d’écrire mon article!

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