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Monster, She Wrote

Monster She Wrote: Mary Anne Radcliffe, 1746-1810?

Manfroné ; or, The One-Handed Monk est un mystère en soi, car à ce jour, l’identité de l’auteure nous est inconnue! Bien que le sexe de celle-ci soit confirmé par l’analyse du texte, les spéculations sur son identité vont bon train depuis près de deux siècles. Quatre possibilités ressortent du lot.

Tout d’abord, ce serait l’écrivaine et chroniqueuse féministe Mary Ann Radcliffe (1746-1810). Cependant, cette incursion dans le roman gothique serait contraire à ses idéologies. Ensuite, Louisa Bellenden Ker se proclama l’auteure plusieurs années après sa parution sans toutefois être en mesure de prouver ses dires. Certains pensent au contraire que l’identité véritable de l’auteure serait celle de la poète et écrivaine de seconde zone Mary Ann Ratcliffe de Durham. Finalement, je penche pour cette dernière théorie, ce nom serait en fait un pseudonyme fourni par l’éditeur J. F. Hughes pour profiter du succès de la fameuse Ann Radcliffe (lire mon article ici).

Publié pour la première fois en 1809 en quatre volumes, il fut réédité à plusieurs occasions. En 2007, les éditions Valancourt Books sortirent une version révisée incluant un excellent texte de Dale Townshend. Celui-ci démontre les différentes possibilités en lien avec l’identité de l’auteure. Cette intrigue à part, le roman a perduré à travers les époques pour la simple et bonne raison que son histoire est noire, fantastique et gothique à souhait!

Le récit débute directement avec une scène inoubliable, comme une claque au visage du lecteur. Du moins, c’est la sensation qui m’a assailli lorsque j’ai pris connaissance des premières pages. Un moine encapuchonné entre au milieu de la nuit par un passage secret dans la chambre de notre héroïne, Rosalina, pour ni plus ni moins la violer! Sauvée de justesse par son père qui fut alerté par ses cris de désespoir, elle découvre après le combat la main décapitée de l’intrus. Celui-ci réussit malgré tout à s’enfuir sans être détecté. Je mentionnais lors de mon article sur Clermont de Regina Maria Roche (lire ici), à quel point le récit de cette auteure était lugubre et macabre en comparaison avec Les Mystères d’Udolpho d’Ann Radcliffe… Eh bien, Manfroné ; or, The One-Handed Monk existe à un tout autre niveau.

D’ailleurs, Lisa Kröger et Melanie R. Anderson intitulent fièrement leur section sur Manfroné dans le documentaire Monster She Wrote : The Women Who Pioneered Horror & Speculative Fiction : « Purveyor of guts and gore ». Soit l’approvisionneuse de tripes et de sang… Ce qui décrit assez bien le roman! Merci! Contrairement à Clermont avec ses 378 pages qui en paraissent le double, Manfroné réussit à garder votre intérêt durant l’entièreté de ces 260 pages. Il y a certes quelques longueurs, mais chaque chapitre regorge de meurtres, de moines aux identités cachés avec des plans machiavéliques, de tentatives d’enlèvement et des situations plus rocambolesques les unes que les autres. Il est simplement impossible de s’ennuyer.

Pour résumer, la pure et innocente Rosalina est tiraillée entre les actions de son père, le truand duca di Rodolpho ; le vil et cruel prince di Manfroné qui souhaite par-dessus tout posséder sexuellement l’héroïne ; et la dévotion du courageux Montalto. Il désire venger l’assassinat de son paternel exécuté par nul autre que le père de sa bien-aimée! Je vous épargne la description des mille et un rebondissements qui parsèment le récit, mais sachez qu’une personne reste rarement morte après son homicide… Non, sincèrement! Sur près de six essais, dont plusieurs sur le vieux Montalto, seulement deux hommes succombent irrévocablement, et ce uniquement à la toute fin du roman!

Le château du duc de Rodolpho a tellement de passages secrets que ça en est ridicule! Mais je dois avouer que l’atmosphère est magnifiquement sinistre. Les apparitions du moine au beau milieu de la nuit dans la forêt ou dans les corridors sinueux de la forteresse sont décrites avec finesse à tel point que j’en ai eu quelques frissons. Le fameux « religieux » se trouve en fait à être Montalto père ET le prince Manfroné. Le plus fascinant reste toutefois la chronologie de l’histoire. Cette dernière, non linéaire, en mélangera plus d’un avec ces multiples retours en arrière et ces anecdotes parallèles qui n’ont aucun lien avec l’intrigue.

Plus j’avance dans mes lectures pour mon défi Monster She Wrote et plus elles deviennent sanglantes! Tranquillement, mais surement, le style des auteures se rapproche des récits d’horreur tels que nous les connaissons aujourd’hui. Malgré mon nouvel amour pour la littérature gothique, j’ai hâte de passer à autre chose. Les héroïnes inactives qui sont sexualisées et malmenées comme des objets commencent à me tomber sur les nerfs. À petite dose, ça va encore. Mais, lire cinq romans gothiques en cinq mois consécutifs, ça fait beaucoup! En juin, je découvrirai l’un des derniers livres de ce genre, soit Zofloya ; or, the Moor de Charlotte Dacre. Pour le reste de l’année, ce sera des nouvelles de fantômes! Ah! Comme j’ai hâte!

Joignez-vous à moi lors de mon aventure! Voici les titres pour 2021 :

Janvier : The Blazing World de Margaret Cavendish (1666) (Lire ici)

Février : The Mysteries of Udolpho de Ann Radcliffe (1794) (Lire ici)

Mars : Frankenstein de Mary Wollstonecraft Shelley (1818) (Lire ici)

Avril : Clermont de Regina Maria Roche (1798) (Lire ici)

Mai : Manfroné ; or, The One-Handed Monk de Mary Anne Radcliffe (1809)

Juin : Zofloya or the Moor de Charlotte Dacre (1806)

Juillet : Lois the Witch de Elizabeth Gaskell (1859)

Août : Weird Stories de Charlotte Riddell (1882)

Septembre : The Collected Supernatural and Weird Fiction de Amelia Edwards (Nouvelles publiées au cours de sa carrière au 19e siècle)

Octobre : Of One Blood de Pauline E. Hopkins (1902)

Novembre : Hauntings and Other Fantastic Tales de Vernon Lee (Nouvelles publiées au cours de sa carrière au 19e et 20e siècle)

Décembre : A Beleaguered City and Other Tales of the Seen and Unseen de Margaret Oliphant (1880)

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