Défi lecture Femmes Écrivaines Horreur Littérature gothique Mary Shelley Frankenstein
Monster, She Wrote

Monster She Wrote: Mary Wollstonecraft Shelley, 1797-1851

« You are my creator, but I am your master; -Obey! »

Eh bien! Mon défi lecture pour 2021, Monster She Wrote, devient de plus en plus intéressant. Pour le mois de mars, je me suis plongé le nez pour la toute première fois dans le texte original de Frankenstein. Ce roman est d’une puissance inouïe! La créature de Frankenstein est irrévocablement ancrée dans notre culture populaire. Allant des nombreuses adaptations cinématographiques, aux essais littéraires en passant par la bande dessinée et même des bébelles en plastique comme des figures, des tasses à café et des coussins pour votre divan… Ahhh! La société de consommation!

La créature fascine tout simplement. Cette figure littéraire est tellement présente dans l’imaginaire collectif qu’il est facile de penser la connaître. Mais, combien peuvent concrètement affirmer avoir lu l’œuvre originale? Je la découvre moi-même en ce début de printemps. Écrit en 1816 près des lacs et des montagnes de Genève alors que Mary Shelley a 18 ans, Frankenstein fut publié anonymement pour la première fois en 1818 chez Lackington and Company.

Vous avez peut-être déjà entendu l’histoire quasi mythique de la rédaction de ce classique? Non? Lisa Kröger et Melanie R. Anderson, auteures de Monster She Wrote : The Women Who Pioneered Horror & Speculative Fiction, décrivent cette anecdote comme l’une des plus célèbres de la littérature britannique. Et puis, plus gothique que ça, tu meurs!

Mary Shelley née Godwin est orpheline. Sa mère, Mary Wollstonecraft, est considérée comme l’une des premières féministes britanniques et décède malheureusement dix jours après sa venue au monde. Son père, le philosophe libéral William Godwin, l’instruit dès son plus jeune âge. À 16 ans, elle s’enfuit contre la volonté de sa famille avec Percy Bysshe Shelley, un poète lui-même marié dont la femme se suicidera quelque temps plus tard. Au même moment, Mary souffre du deuil sa fille prématurée tout en étant enceinte de son deuxième enfant. La jeune femme, reniée par son père, accumulant dette après dette et éprise de Shelley qui prône l’amour libre, vit bien des émotions!

Réunis dans ces circonstances en mai 1816 près du lac Léman à la villa Diodati, Mary, sa demi-sœur Claire Clairmont, Shelley, Lord Byron et John Polidori sont emmurés à cause du climat exécrable. Considéré comme l’année sans été en raison d’une éruption volcanique en Indonésie, il pleut constamment. S’ennuyant de pied ferme, le groupe se lance le défi d’écrire l’histoire la plus effrayante qui soit. La jeune femme, qui fut en fait l’un des seuls membres de la maisonnée à compléter ce pari littéraire avec Polidori, trouva son inspiration dans d’infimes détails. La mort de sa fille Clara, les débats philosophiques entre Byron et Shelley ainsi que la nouvelle découverte scientifique du jour intitulée « électricité » servirent de carburant à l’imagination de cette grande auteure en devenir.

À la publication de Frankenstein, divisée en trois volumes, l’histoire choqua d’un côté les bonnes mœurs en raison de ces thématiques provocatrices. Un homme qui donne la vie et joue à être Dieu, un monstre hideux, incompris et rejeté qui tue même des enfants pour parvenir à ses fins… Certaines critiques de l’époque décrivaient le roman comme étant complètement hostile à la religion chrétienne. Toutefois, Frankenstein résonna aussi auprès de nombreux lecteurs pour l’originalité et la noirceur de son récit. Ces sujets, certes tabous, abordent en fait des questions existentielles enracinées bien profondément à l’intérieur de nous, ce pour quoi l’on se retrouve davantage dans la créature que dans son créateur. Enfin, ce n’est pas pour rien que ce texte est maintenant un classique!

Lorsque l’identité de l’auteure fut dévoilée, le scandale se focalisa bien évidemment sur celle-ci : une femme et une femme instruite aux idéologies libertines de surcroit. Sacrilège! Frankenstein n’en fut pas moins révisé avec succès en 1831. C’est d’ailleurs cette version qui est principalement utilisée de nos jours. Je suis bien curieuse de découvrir les différences entre le texte original et cette réédition, car Frankenstein ou le Prométhée moderne, pour l’adaptation française, est un roman à lire et relire.

Voici un court résumé pour ceux qui ne connaîtraient pas l’histoire (vraiment?!). Obsédé par la création de la vie elle-même, Victor Frankenstein pille les cimetières à la recherche du matériau pour façonner un nouvel être, qu’il transforme grâce à l’électricité. Mais sa créature bâclée, dédaignée par Frankenstein et refusée à cause de sa laideur à la compagnie humaine, entreprend de détruire son créateur et tout ce qui lui est cher.

Le premier volume relate donc la conception du « monstre », puis dans le second opus nous suivons l’évolution psychologique et émotionnelle de la créature. Apprenant dès ses premiers instants le rejet des hommes, elle se cache sur la ferme d’une famille française exilée en Allemagne. Écoutant par la fenêtre leurs interactions, elle s’instruit tranquillement à la langue, à l’écriture, au raisonnement philosophique ainsi qu’à la pensée critique. Son isolement de la société engendre bien évidemment un désir de reconnaissance. Elle souhaite uniquement être acceptée pour ce qu’elle est et être aimée comme chaque être vivant en a le droit.

Combattant ses peurs, la créature se présente finalement devant la famille française… Honnie une fois de trop, elle voue dès lors une haine féroce au monde et surtout à son créateur. Ce qui nous amène au troisième et dernier volume. Le « monstre » ordonne à Victor Frankenstein de créer un être féminin qui deviendra sa compagne d’exil. Le savant, par honte et culpabilité accepte tout d’abord cette transaction, mais refuse en fin de compte de façonner une nouvelle abomination. Retranchée dans sa fureur, la créature traque et tue les amis et la famille de Victor.

Ce récit, digne héritier de la littérature gothique, possède tous les éléments nécessaires pour susciter une atmosphère sombre, désespérée avec aucune chance de rédemption. Descriptions sentimentales, orphelins que l’on retrouve par-ci par-là, bâtiments en décrépitudes et évènements macabres inclus… Vous êtes servis!

« It was on a dreary night of November, that I beheld the accomplishment of my toils. With an anxiety that almost amounted to agony, I collected the instruments of life around me, that I might infuse a spark of being into the lifeless thing that lay at my feet. It was already one in the morning; the rain pattered dismally against the panes, and my candle was nearly burnt out, when, by the glimmer of the half-extinguished light, I saw the dull yellow eye of the creature open; it breathed hard, and a convulsive motion agitated its limbs. » (Page 45)

Ce texte est fait pour être dicté à voix haute un soir pluvieux de novembre…

Contrairement au roman d’Ann Radcliffe intitulé Les mystères d’Udolpho (lire mon article juste ici), les phénomènes relatés dans Frankenstein sont actuellement d’origine surnaturelle. Pas de pirates qui se prennent pour des fantômes entre ces pages! La profondeur des propos, le mal-être de la créature, son désarroi et le danger qui en découle sont palpables. Si l’héroïne de Radcliffe pleurait et s’évanouissait durant la totalité de l’histoire, Victor Frankenstein quant à lui est malade et mourant à 99 % du temps… Tout comme pour Émilie et sa passivité dans Udolpho, j’aurais bien donné quelques bonnes taloches au savant égoïste et inconsidéré de Mary Shelley.

Imbu de lui-même, il réfute ses actions et renie l’être qu’il a créé avant même que ce dernier soit complètement lucide. Bien conscient de la menace qui pèse sur sa famille, il attend que son frère, son meilleur ami et sa cousine/femme (ouais, c’était d’époque) soient tués pour finalement jurer vengeance et destruction contre sa création… Hum!

Je pourrais en toute honnêteté passer des heures à vous parler de Frankenstein, ces thématiques, le style d’écriture, etc., mais je ne suis pas critique littéraire. Et puis, ce genre d’analyse a été faite et refaite depuis plus de 200 ans. Cependant, je terminerai mon article en approuvant les propos de Kröger et Anderson : « She [Mary Shelley] was the original Goth girl ».

Pour la suite de mon aventure Monster She Wrote, je lirai Clermont de Regina Maria Roche. N’hésitez pas à vous joindre à moi pour découvrir ces classiques, voici le calendrier pour 2021 :

Janvier : The Blazing World de Margaret Cavendish (1666)

Février : The Mysteries of Udolpho de Ann Radcliffe (1794)

Mars : Frankenstein de Mary Wollstonecraft Shelley (1818)

Avril : Clermont de Regina Maria Roche (1798)

Mai : Manfroné or, The One-Handed Monk de Mary Anne Radcliffe (1809)

Juin : Zofloya or The Moor de Charlotte Dacre (1806)

Juillet : Lois the Witch de Elizabeth Gaskell (1859)

Août : Weird Stories de Charlotte Riddell (1882)

Septembre : The Collected Supernatural and Weird Fiction de Amelia Edwards (Nouvelles publiées au cours de sa carrière au 19e siècle)

Octobre : Of One Blood de Pauline E. Hopkins (1902)

Novembre : Hauntings and Other Fantastic Tales de Vernon Lee (Nouvelles publiées au cours de sa carrière au 19e et 20e siècle)

Décembre : A Beleaguered City and Other Tales of the Seen and Unseen de Margaret Oliphant (1880)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :