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Monster, She Wrote

Monster She Wrote: Pauline E. Hopkins, 1859-1930

Entre aventures à la « Indiana Jones », société cachée du monde à la « Wakanda », mysticisme et sujets sociaux, le roman intitulé Of One Blood, Or, The Hidden Self de l’auteure afro-américaine Pauline E. Hopkins fut une lecture fort intéressante! Née dans le Maine en 1859, elle grandit à Boston où elle développa rapidement une passion pour l’écriture et le théâtre. Ce n’est toutefois qu’entre 1900 et 1905 qu’elle publia l’ensemble de son œuvre littéraire. Dont quatre romans, sept nouvelles, un livret historique, une vingtaine de portraits biographiques et une multitude d’articles et d’essais pour les revues The Colored American et The Voice of the Negro. Elle fut par ailleurs éditrice en chef pour The Colored American Magazine entre 1903 et 1904.

Romancière, journaliste, dramaturge, historienne et éditrice, Pauline E. Hopkins ne manquait pas de cordes à son arc! Ses fictions, écrites durant le mouvement romantique, mélangent certains clichés gothiques avec des thèmes raciaux en trame de fond. Il est fascinant de voir l’évolution de la littérature gothique, des histoires de fantômes et du spiritisme typique de la seconde moitié du 19e siècle entre les pages de ce roman. L’édition publiée en 2004 par Washington Square Press comprend une introduction de Deborah E. McDowell remettant dans son contexte social et historique Of One Blood.

Brièvement, c’est le récit de Reuel Briggs, un Afro-Américain se faisant passer pour blanc. Pour marier la femme de ses rêves (non… littéralement il rencontre celle-ci dans ses rêves), il part en Éthiopie pour trouver un trésor et s’enrichir. En ce lieu légendaire, il découvre un tunnel secret qui mène à la cité de Telassar. Une société qui fut épargnée par les blancs et l’esclavage, prédatant même la civilisation européenne. Reuel n’est autre que l’élu de ce peuple et devient leur roi.

Mais ce n’est pas tout, il y a plusieurs péripéties et rebondissements plus rocambolesques les uns que les autres, dont celle avec Dianthe et Aubrey Livingston. Ce dernier, le meilleur ami de Reuel, est obsédé par la beauté de cette femme afro-américaine à la peau presque blanche. Il complote pour assassiner son ami et ainsi posséder la demoiselle sans défense. Il tue même sa propre fiancée Molly pour arriver à ses fins. Et BAM! En cours de route, nous découvrons que Reuel, Dianthe ET Aubrey sont en fait des frères et sœurs d’une mère esclave et de son propriétaire… Hum… Reuel a également des capacités mystiques et parapsychologiques. Au début du récit, il ressuscite Dianthe qui n’est nul autre que morte, il a des rêves éveillés et il fait de la projection astrale.

Of One Blood a certes de fortes affinités avec les romans gothiques, mais le but réel d’Hopkins avec la révélation surprise de ces liens biologiques (et incestueux) est écrit noir sur blanc à la toute fin de l’histoire :

« The slogan of the hour is ‘’keep the Negro down!’’ but who is clear enough in vision to decide who hath black blood and who hath it not? Can any one tell? No, not one; for in His own mysterious way He has united the white race and the black race in this new continent. »

Publié de façon sérielle, Of One Blood voit le jour entre 1902 et 1903 dans la revue The Colored American. L’abolition de l’esclavage aux États-Unis date à peine plus d’une trentaine d’années tandis que la ségrégation raciale avec les lois Jim Crow cause des ravages constants au sein de la communauté afro-américaine. Comme l’explique McDowell en introduction, il y avait également des discussions à cette époque concernant la ligne de couleur (Color line), la règle de l’unique goutte de sang (One-drop rule) et les racines de l’humanité. Bref, un ramassis de préjugés et d’excuses pour justifier une supériorité blanche et instaurer un climat de peur…

Hopkins était donc au cœur de tous ces échanges sociaux, ce qui influença grandement ses œuvres. Nous connaissons peu les premières années de sa vie où pourtant elle créa sa propre troupe de théâtre et écrivit de nombreuses pièces. Au début du 20e siècle, elle fit partie du mouvement des auteurs afro-américains incluant Charles Chesnutt, Paul Laurence Dunbar, Anna Julia Cooper et W. E. B. Du Bois où les discours sur l’égalité des droits faisaient rage. Pauline E. Hopkins croyait sincèrement au pouvoir de la littérature et de l’art pour faire avancer la société.

Dans un monde de blanc ET d’homme, Hopkins a su tenir sa tête haute et exprimer par sa fiction et ses essais le fin fond de sa pensée. Décrite comme l’une des auteures afro-américaines les plus prolifiques, elle est malheureusement souvent reléguée aux oubliettes… Of One Blood, malgré son côté fantastique, utopique et ses rebondissements inattendus, est une classique de la littérature américaine à lire et à partager.

En novembre, j’effectue un bref retour aux sources des récits de fantômes. Je lirai donc le recueil de nouvelles de Vernon Lee intitulé : Hauntings and Other Fantastic Tales.

Janvier : The Blazing World de Margaret Cavendish (1666) (Lire ici)

Février : The Mysteries of Udolpho de Ann Radcliffe (1794) (Lire ici)

Mars : Frankenstein de Mary Wollstonecraft Shelley (1818) (Lire ici)

Avril : Clermont de Regina Maria Roche (1798) (Lire ici)

Mai : Manfroné or, The One-Handed Monk de Mary Anne Radcliffe (1809) (Lire ici)

Juin : Zofloya or the Moor de Charlotte Dacre (1806) (Lire ici)

Juillet : Lois the Witch de Elizabeth Gaskell (1859) (Lire ici)

Août : Weird Stories de Charlotte Riddell (1882) (Lire ici)

Septembre : The Collected Supernatural and Weird Fiction de Amelia Edwards (Nouvelles publiées au cours de sa carrière au 19e siècle)

Octobre : Of One Blood de Pauline E. Hopkins (1902)

Novembre : Hauntings and Other Fantastic Tales de Vernon Lee (Nouvelles publiées au cours de sa carrière au 19e et 20e siècle)

Décembre : A Beleaguered City and Other Tales of the Seen and Unseen de Margaret Oliphant (1880)

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