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Monster, She Wrote

Monster She Wrote: Regina Maria Roche, 1764-1845

Hum… par où commencer? Clermont de Regina Maria Roche fut une lecture paradoxalement loooongue et douloureuse pour les deux cents premières pages, puis extrêmement courte et condensé pour le restant du récit. Une fois que le premier meurtre a lieu pile-poil au moment où vous être prêt à abandonner tout espoir, attachez votre tuque, car elle va prendre en FEU! Secrets de famille qui cache d’autres secrets de famille, des mariages et enfants illégitimes en veux-tu en vlà, de l’extorsion, un plan machiavélique qui s’échelonne sur près de vingt ans… Voilà un bon/mauvais roman noir de série B!

Née, Regina Maria Dalton, en Irlande, elle épousa Ambrose Roche, puis emménagea à Londres. Outre sa carrière d’auteure prolifique et ses romans à sensation que l’on pourrait aujourd’hui qualifier de best-sellers, nous connaissons peu la vie de cette reine du gothique sentimental. Pour l’édition de 2006 chez Valancourt Books, Natalie Schroeder, une spécialiste du genre dévoile en introduction que les Roche avaient des problèmes financiers. Lisa Kröger et Melanie R. Anderson confirment également dans Monster She Wrote : The Women Who Pioneered Horror & Speculative Fiction que Regina écrivait dans un style populaire pour soutenir monétairement sa famille.

Débutant avec deux romans d’amour traditionnels à partir de 1789, Roche changea rapidement pour des intrigues gothiques à la sauce romantique. Son premier succès fut The Children of the Abbey (1796). D’ailleurs, ce roman surpassa en nombre de vente Les Mystères d’Udolpho d’Ann Radcliffe! Il fut même réédité onze fois entre 1796 et 1832. Il faut le faire! Toutefois, Clermont qui fut publié chez Minerva Press en 1798 reste l’œuvre la plus connue à ce jour, uniquement parce que Jane Austen mentionna ce titre dans sa parodie satirique Northanger Abbey.

J’ai peu de choses constructives à vous partager sur ce récit, donc voici un bref résumé teinté d’une bonne pincée d’ironie. Madeline Clermont, notre jeune héroïne pure et timide récite à tout moment de la poésie. Un peu comme une comédie musicale sans nécessairement l’humour… quoique j’ai littéralement ri durant les cent dernières pages, mais ça, c’est une autre histoire. Elle vit avec son père dans une humble demeure de la province Dauphiné en France. Un jour, par un heureux hasard, elle rencontre un homme prénommé de Sevignie qui ravit son cœur. Mais son père se méfie des intentions de ce damoiseau et les deux tourtereaux sont séparés.

Un autre jour, par un autre heureux hasard, la comtesse de Merville, une ancienne connaissance de Clermont à un accident de chariot juste devant leur maison… Le père de Madeline remet celle-ci sous la tutelle de la comtesse pour qu’elle puisse parfaire son éducation. Arrivée au château de la noble dame borné d’une sombre forêt et d’une inquiétante crypte, notre héroïne y vit des montagnes russes d’émotions. Qui d’autre y rencontre-t-elle que le fameux de Sevignie ? Il est toujours présent : lors d’occasions sociales, dans la noirceur d’une grotte tandis que Madeline récite de la poésie près de l’entrée… Pour ma part, j’ai associé la chanson Creep du groupe Radiohead à ce personnage quelque peu fade… mais bon, c’est probablement juste moi.

Je vous épargne tous les petits détails des deux cents premières pages, vous êtes les bienvenus. Alors, allons directement à l’action. La comtesse est assassinée, TATATAM!!!! S’ensuit une panoplie de péripéties plus absurdes les unes que les autres : des meurtres, de la manipulation psychologique, etc. Ce qui est fascinant c’est que nous découvrons l’explication de ce tumultueux récit uniquement durant le dernier chapitre. Oui, vous avez bien lu : DURANT LE DERNIER CHAPITRE. Ce qui inévitablement donne le tournis.

Ce n’est pas une blague lorsque Kröger et Anderson comparent Clermont à un « soap opéra ». Même Les feux de l’amour ne peuvent arriver au talon des méandres qu’imagine Regina Maria Roche. Bref, le père de Madeline est en fait le fils illégitime du marquis de Montmorenci. Ce dernier, qui habite près du château de la comtesse de Merville, a un fils légitime cette fois-ci, nommé Philipe. Lui-même a un fils illégitime, soit de Sevignie. D’Alembert, un cousin du marquis souhaite s’emparer de l’immense fortune de Montmorenci en complotant contre Philipe et Clermont qui en fait s’appelle St. Julien. Amis, ceux-ci sont mariés à deux sœurs de la haute société irlandaise. L’antagoniste fait croire à St. Julien que Philipe est l’amant de sa femme et par vengeance celui-ci tue son demi-frère. Mais, Philipe survit et devient le prisonnier de Lafroy. Qui est ce personnage, me demanderez-vous? Eh bien, nul autre que le valet ambitieux du méchant qui complote lui-même contre son maître.

De son côté, D’Alembert kidnappe le nourrisson de Philipe, donc de Sevignie. Il obligera ce dernier à marier Madeline pour finalement contrôler la fortune du marquis de Montmorenci. Mouhaha! Mal au cœur? Non? Pas encore? Car il y a bien des détails que j’ai omis. Par exemple, la mère de Clermont/St. Julien est également l’enfant illégitime d’un riche français de la haute société ; D’Alembert junior, qui en réalité est le beau-fils de la comtesse de Merville, assassine sa belle-mère. Puis, il tente de faire de même avec sa femme et enlève Madeline pour la forcer à se soumettre à lui sans union matrimoniale (scandale!)… et j’en passe! Clermont vous fera douter de votre santé mentale, vous deviendrez paranoïaque et soupçonnerez tout le monde de machination véreuse et puis vous déposerez votre roman en vous disant « Eh bien, cacahouète! ».

Est-ce que j’ai détesté ce classique de la littérature gothique? Non. Est-ce que j’ai adoré le livre? Non plus. Là où Ann Radcliffe introduisait de l’élégance dans son histoire, Regina Maria Roche y a mis une tonalité lugubre et macabre ce qui le rapproche davantage du roman d’horreur. Malgré de surprenants pirates inattendus et le vilain Montoni, Les mystères d’Udolpho est un récit relativement peu sanglant. Clermont, lui, déborde de cadavres!

Ouf! Je suis prête à passer à la prochaine lecture de mon défi Monster She Wrote! En mai, je m’attarderai la plume de Mary Anne Radcliffe avec Manfroné or, The One-Handed Monk. Déjà, le titre est prometteur! N’hésitez pas à vous joindre à moi pour découvrir ces classiques, voici le calendrier pour 2021 :

Janvier : The Blazing World de Margaret Cavendish (1666) (Lire ici)

Février : The Mysteries of Udolpho de Ann Radcliffe (1794) (Lire ici)

Mars : Frankenstein de Mary Wollstonecraft Shelley (1818) (Lire ici)

Avril : Clermont de Regina Maria Roche (1798)

Mai : Manfroné or, The One-Handed Monk de Mary Anne Radcliffe (1809)

Juin : Zofloya or The Moor de Charlotte Dacre (1806)

Juillet : Lois the Witch de Elizabeth Gaskell (1859)

Août : Weird Stories de Charlotte Riddell (1882)

Septembre : The Collected Supernatural and Weird Fiction de Amelia Edwards (Nouvelles publiées au cours de sa carrière au 19e siècle)

Octobre : Of One Blood de Pauline E. Hopkins (1902)

Novembre : Hauntings and Other Fantastic Tales de Vernon Lee (Nouvelles publiées au cours de sa carrière au 19e et 20e siècle)

Décembre : A Beleaguered City and Other Tales of the Seen and Unseen de Margaret Oliphant (1880)

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