Land art et gore
Lectures

Rivière-au-cerf-blanc ou le land art déjanté

Lorsque l’art, la nature et l’homme se rencontrent à Rivière-au-cerf-blanc, le land art devient organique et sanglant.

Ça vous est déjà arrivé de vous dire au tournant d’une phrase « ce livre est génial »! Pour moi, ce fut : « -Oh! mon Dieu! C’est une jambe! » (Page 147)

Rivière-au-cerf-blanc de Véronique Drouin est un court roman d’horreur pour adolescents publié chez Québec Amérique en 2019. Cette plaquette d’environ 200 pages est un véritable « page turner » ou en bon français « tourneur de page » (merci Google traduction) et j’ai eu l’immense plaisir de le dévorer en une seule matinée.

Nous suivons Estelle, étudiante en histoire de l’art, qui part en excursion avec son copain Tristan pour tenter de rafistoler son couple. En cours de route et de chicanes, notre héroïne tombe par hasard sur des sculptures artistiques intrigantes également appelées land art. Au fil du récit, ces installations se révèlent dangereuses et sanguinolentes. Pourchassés par de mystérieuses créatures, Estelle et son nouveau compagnon d’infortune, Toby, sortiront-ils vivants de cette forêt cauchemardesque?

Le land art est un courant artistique contemporain que j’ai découvert lors de cette lecture. C’est la création d’œuvres dans la nature avec les matières premières accessibles sur le terrain, soit des branches, des feuilles, des cailloux, de la terre, de l’eau, etc. Ce sont donc des réalisations éphémères qui disparaissent avec les intempéries.

Ce courant, développé vers la fin des années 60, est une sorte de protestation contre le marché de l’art conservateur et les lieux traditionnels d’exposition (musées, galeries, etc.). En effet, certains artistes se questionnaient sur le rôle et la capacité de ces lieux institutionnalisés à reconnaître à leur juste valeur les nouvelles formes d’art. Source : Gilles A. TIBERGHIEN, « LAND ART », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 7 décembre 2019. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/land-art/

« En ramassant des branches tout en déambulant dans la forêt sombre, elle aperçut un caillou blanc immaculé qui contrastait au milieu de l’humus. […] En levant le menton, elle vit d’autres galets plus loin. Elle les suivit. Tandis qu’elle avançait, ceux-ci étaient de plus en plus rapprochés et nombreux, et quand le tapis de feuilles changea, envahi d’épines de conifères, la couleur des roches se modifia aussi et les cailloux devinrent noirs. Avec un gloussement d’enfant, elle se sentit comme Dorothée qui suivait la route de briques jaunes pour aller à la rencontre du magicien d’Oz. » (Page 33)

Je peux vous garantir que ce n’est pas le magicien d’Oz qui est au bout de ce chemin! Parsemé de références artistiques telles Damien Hirst, Zhu Yu, Jérôme Bosch, Artemisia Gentileshi, etc. ; de réflexions sur la dévastation de la nature par l’homme et de corps mutilés, ce roman à suspense vous donnera au cours de votre lecture de multiples frissons. Je vous recommande fortement d’explorer la biographie et les œuvres des artistes mentionnés par Véronique Drouin, après tout elle est diplômée en design industriel ainsi qu’en histoire des arts visuels.

L’un de mes coups de cœur, qui date de plusieurs années déjà, est sans conteste David Altmejd. J’ai eu l’opportunité de voir plusieurs de ses sculptures organiques au Musée d’Art Contemporain de Montréal (MAC) et je fus absolument ravie de découvrir son nom dans ce roman pour adolescents. Vous pouvez explorer les œuvres de cet artiste montréalais sur son site internet ici.

Les structures rencontrées par Estelle et Toby ont des titres menaçants tels Qui chasse qui, Implantés dans la création, Avons-nous perdu la tête? ou encore :

« Pensons à notre habitat.

Sous l’enseigne, des têtes aux rictus grimaçants plantées sur des piquets agglutinés de sang. Les calottes – et les cerveaux – servaient de récipient pour faire pousser différents végétaux : arbustes touffus, plantes en cascades, fougères fournies. Cela donnait un air ridicule et des coiffures loufoques à leurs hôtes. » (Page 128)

Bref, si lors d’une randonnée vous apercevez des cailloux ou des cerfs blancs, prenez vos jambes à votre cou.

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