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Secrets et hantises entre quatre murs

Il y a quelque chose d’absolument terrifiant à l’idée que le passé vienne habiter le présent. Que quelque chose d’invisible et d’intangible soit là chez vous à vous observer avec des intentions parfois bonnes, parfois malignes… Fantômes et maisons hantées font partie de la littérature d’épouvante depuis bien longtemps! Au 18e siècle, le roman gothique honorait les vieux bâtiments aux sombres vécus, même si en fin de compte il y avait peu de corrélation avec le surnaturel. Les classiques, dont Le Château d’Otrante d’Horace Walpole ou encore Les Mystères d’Udolphe d’Ann Radcliffe, décrivaient une atmosphère angoissante. Celle-ci mena graduellement au 19e siècle et les histoires de maisons hantées comme nous les connaissons aujourd’hui. Le phénomène du spiritisme et de la psychologie alimenta également ce sous-genre de l’horreur. Il fascine le lecteur et vient le confronter au plus profond de ses peurs.

En fait, c’est une métaphore pour la famille, pour les souvenirs, pour les secrets, les drames et les traumatismes. Une maison qui semble remplie de bonheur et de santé peut très bien n’être qu’une façade alors que les murs renferment une réalité beaucoup moins glorieuse. Une maison, c’est également un endroit où toutes personnes devraient se sentir en sécurité. Le lecteur doit donc remettre en question sa propre existence, son propre chez-soi. Ce que j’adore avec ces romans, ce sont les recherches historiques que les personnages entreprennent pour découvrir la vérité. Cela concerne avant tout des gens et des lieux depuis longtemps disparus et oubliés. Des endroits chargés de souvenirs, souvent tragiques, où la structure même du bâtiment porte en elle la mémoire et la culpabilité du passé.

Ils devraient en toute logique être abandonnés. Bien sûr, l’un des scénarios les plus populaires n’est autre qu’un déménagement ou encore l’héritage provenant d’un membre de la famille lointain et inconnu… sinon il n’y aurait tout simplement pas de récit… Cette maison est donc un personnage en soi avec un caractère bien établi, un être qui respire à sa façon! J’ai trouvé un article bien intéressant sur le blog Electric Lit concernant deux types de demeures (lire ici). Adam O’Fallon Price cite Stephen Graham Jones, auteur des romans The Only Good Indians, Mongrels, Mapping the Interior, The Last Final Girl, comme source. Malheureusement, je n’ai pas réussi à valider ailleurs les propos du texte… Enfin, la théorie est qu’il y a des « Stay Away Houses » et des « Hungry Houses ». Donc, certaines demeures repoussent les vivants, tandis que d’autres les attirent pour se nourrir de leur énergie. Ce qui est tout à fait le cas! Certains auteurs innovent le genre, parfois il y a un mélange entre les deux. En fait la maison à une motivation qui lui est propre, qu’importe la trame narrative choisie.

C’est un sous-genre de l’horreur qui résonne particulièrement avec moi, et ce depuis bien longtemps. Le Shining (1980) et Rose Red (2002) de Stephen King sont parmi les premières adaptations cinématographiques que j’ai découvertes à mon adolescence! Depuis, je recherche désespérément ce sentiment subtil d’angoisse, de frayeur, de suspense, de bien-être et de bonheur que j’associe aux maisons hantées. Ça peut paraître bizarre, mais je me sens chez moi quand je lis ou je regarde ce genre de fiction! Je vous recommande mon article Ménage de printemps, maisons hantées et fantômes si vous avez une fringale de films d’horreur (lire ici).

C’est tout un art de trouver un équilibre entre les scènes neutres et les scènes de surnaturel tout en gardant une tension jusqu’à la toute fin. Et ce sans se fier uniquement aux stéréotypes et aux clichés du genre pour conserver l’intérêt du lecteur tout en le tenant sur ses gardes! La dame en noir de Susan Hill, La maison hantée de Shirley Jackson, Petite sœur la mort de William Gay, Wild Fell de Michael Rowe… Haaa! Il y en a tellement c’est fantastique! Évidemment, je suis souvent déçue. Autant certains récits sont incroyables, autant la majorité des œuvres sont médiocres. Quand je trouve une pépite littéraire qui fait battre mon cœur de pierre, j’en pleure pratiquement! Ces derniers temps, mes lectures étaient moins inspirantes et j’ai eu une soudaine envie de lire un roman de maison hantée comme une rage de sucre incontrôlable. Un besoin vital de me ressourcer avec mon genre préféré. J’ai tenté ma chance sans trop d’attentes… et voilà, j’ai découvert l’un de mes coups de cœur 2021!

  • The Invited de Jennifer McMahon

Déjà en partant le titre est incroyable! Généralement, ce serait dans la veine du « uninvited », soit « indésirable », mais ici Jennifer McMahon sous-entend que les protagonistes sont les bienvenus… Est-ce une bonne chose? Tatatam!!! Deuxième surprise, en lisant le résumé, les héros achètent une terre pour construire eux-mêmes leur maison! Une terre hantée, ça va de soi… sinon qu’est-ce que je ferais ici?

Publié en 2019 aux éditions Penguin Random House, The Invited est un récit où les vivants sont sollicités par les revenants pour gérer une situation et une injustice dans le monde physique. Un scénario assez typique pour ce genre, mais la plume de l’auteure et son talent de conteuse m’ont complètement charmé. De plus, elle a réussi à déjouer plusieurs de mes déductions, car les histoires de fantômes et de maisons hantées sont également des mystères à résoudre. C’est donc une histoire locale, une histoire familiale qui s’étale sur plusieurs générations et surtout c’est une histoire de femmes!

2015. Helen et Nate, deux jeunes professeurs, décident de tout laisser en plan pour construire leur maison de rêve et devenir autosuffisants. Dans l’état du Vermont, ils trouvent la terre idéale! Mais, les rumeurs disent que celle-ci est hantée par le fantôme de la sorcière du marais… Hattie Breckenridge. Une femme seule au début du 19e siècle et une mère monoparentale de surcroit avec un don de prémonition… Pendue par ses voisins superstitieux, elle est condamnée à errer éternellement près du marécage. Helen, une historienne dans l’âme, se lance à la recherche des descendants de cette femme tout en bâtissant sa nouvelle demeure et en y incorporant des matériaux d’origine. Une poutre faite à partir de l’arbre où Hattie a eu la corde au cou par-ci, des briques d’un vieux moulin où sa fille est morte brûlée par-là… Construisant ainsi sa propre maison hantée!

Vous y retrouverez une atmosphère glauque et inquiétante, un mystère, des secrets de famille et de village, des recherches historiques, du suspense croissant du début à la fin, des scènes qui vous donneront des frissons… Bref, tous les éléments qui rendent un récit de hantise sublime! J’ai absolument adoré que ce soit l’héroïne qui un objet à la fois permet volontairement à sa maison d’être hantée. Original à souhait! Subdivisé en sept parties, le roman suit en parallèle l’évolution de la construction et la résolution de l’enquête : Foundation, Framing, Closing In, Mechanical, Insulation and Drywall, Floors and Trim, puis Finish Work.

L’histoire se déroule du point de vue des femmes : Helen, les Breckenridge et Olive, la jeune voisine du coin. Donnant ainsi une valeur bien féministe au récit. Leurs caractères et motivations sont uniques, diversifiés sans tomber dans les perpétuels clichés de la sorcière, de la femme sans défense, etc. Ici, la demeure construite ne repousse pas les occupants, mais attire à elle les gens qui sont prêts à l’écouter. Je vous laisse sans vous en dévoiler davantage… The Invited est maintenant en haut de ma liste des incontournables romans de maisons hantées. Malheureusement, il n’est pas encore traduit, mais si l’anglais ne vous rebute pas trop, je vous le recommande sans hésitation!

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