Swamp Thing Comics Bandes dessinées américaines Superhéros
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Swamp Thing ou La créature du marais

Loup-garou, vampires, monstres à la Frankenstein, démons, scientifiques fous, extraterrestres… et plantes aux caractères vindicatifs? Vous aimez tous ces éléments fantastiques à la sauce horrifique? Surtout lorsqu’ils sont réunis dans une seule et même histoire? Eh bien, les comics américains du 20e siècle ont le don de vous en mettre plein la vue! Aujourd’hui, j’explore avec vous l’univers sombre et intrigant de La créature du marais ou Swamp Thing pour la version originale.

Ce personnage bien singulier fait partie de l’univers DC Comics aux côtés de Superman, Batman, Flash Gordon et compagnie. Série active de 1972 à 1976, elle fut créée par Len Wein et Berni Wrightson. Puis, après une courte pause à la fin de la décennie, le scénariste britannique Alan Moore (V pour Vendetta, From Hell, Watchmen, etc.) reprit Swamp Thing de 1982 à 1985. Cette seconde vague intitulée Saga of the Swamp Thing est considérée par plusieurs comme la meilleure de la série. C’est d’ailleurs ma période favorite du personnage pour ses thématiques existentialistes et les magnifiques illustrations vivantes et colorées de Stephen Bissette et John Totleben. Depuis, de nombreux auteurs et artistes se succèdent temporairement pour continuer à élargir l’univers de ce superhéros cent pour cent végétal avec des tendances philosophiques!

Swamp Thing Comics Bandes dessinées américaines Superhéros Alan Moore

Comme je le mentionnais précédemment, j’adore la période de Moore qui, dans l’histoire de la bande dessinée américaine, s’inscrit dans l’âge de bronze de cet art, soit de 1970 à 1985. Ce cycle est entre autres caractérisé par le réalisme des sujets sociaux abordés tels la drogue, la violence conjugale, l’environnement, etc. Directement en lien avec les changements ressentis dans la société américaine, ces thématiques rendent l’univers des comics davantage complexe et sombre. De plus, l’horreur vit un renouveau chez plusieurs éditeurs dont DC Comics avec la série House of SecretsSwamp Thing y fait son apparition.

Ce que j’adore par-dessus tout de cette période est l’éclatement des cases. Dans la version de Len Wein et Berni Wrightson, les planches ont un aspect standard avec des cases bien rangées et sans débordement. Tandis qu’avec les illustrations de Bissette et Totleben, l’image est plus grande que nature, elle sort du carré strict des cases alors que les angles de vue se multiplient. Ce qui en définitive rend l’histoire dynamique et attrayante!

Swamp Thing Comics Bandes dessinées américaines Superhéros Alan Moore

Bien que l’écologie et la sauvegarde des ressources naturelles ne datent pas exclusivement des années 1970, il y a définitivement une prise de conscience politique à cette époque. Avec la diminution de la couche d’ozone dans l’Antarctique, les premiers ministères de l’Environnement voient le jour. Les gens commencent à s’opposer au nucléaire et plusieurs mouvements écologiques comme Greenpeace ou les Amis de la Terre rencontrent leur public. Parallèlement, de nouvelles thématiques apparaissent en littérature ainsi qu’au cinéma pour refléter ces angoisses bien réelles. Ce sous-genre parfois intitulé « éco-horreur » ou encore « natural horror » met en vedette les éléments de la nature qui luttent contre l’avarice et l’exploitation insensible des hommes.

Le personnage de Swamp Thing se retrouve donc au cœur de ce nouveau genre. Le docteur Alec Holland, qui travaillait sur une formule biorestauratrice pour résoudre les pénuries alimentaires mondiales, est assassiné par une organisation nommée Conclave. Une bombe est placée sournoisement dans son laboratoire et tandis que son corps git dans les marais de la Louisiane avec ses propres produits chimiques, il se transforme en « monstre ». Et voilà, un superhéros est né. Ce n’est pas une morsure d’araignée… mais… outre sa force surhumaine, il peut manipuler les plantes, modifier son corps à volonté, se régénérer en cas de danger et même faire des voyages astraux dans la conscience collective du monde végétal!

Dans la première série, le docteur tente de redevenir humain à tout prix. Cependant, Alan Moore approfondit la nature du personnage en dévoilant qu’Alec Holland est bel et bien mort. Composée uniquement de plantes imprégnées des souvenirs du scientifique, la créature du marais vit une crise existentielle tout au long de ses aventures et apprend à accepter cette nouvelle vision de la vie. Cette révélation change le ton du récit du tout au tout.

« They wouldn’t let me be human… and i became… a monster.

… But they wouldn’t let me be a monster… so I became a plant.

And now… you won’t let me… be a plant. You!! » (Volume 23, avril 1984)

Comme tout comics américain qui se respecte, Swamp Thing a également de nombreux adversaires récurrents, dont Anton Arcane et le Dr Woodrue. Avec des projets plus obscurs les uns que les autres, ses antihéros qui jouent à être Dieu sont bien évidemment stéréotypés au maximum. Avec ces thématiques environnementales, je crois qu’il serait impossible de ne pas croiser soit des agents du gouvernement corrompu qui jette des produits toxiques dans la nature, soit des savants fous. Ces archétypes font partie de la fiction populaire depuis bien longtemps et cette série n’y fait pas exception.

L’action se déroulant principalement dans les marais de la Louisiane, l’atmosphère qui ressort de ces aventures est définitivement gothique. Dans les premiers épisodes, la créature se retrouve même en Europe avec des châteaux délabrés et des monstres légendaires à combattre. De plus, l’ajout d’Abigail Arcane, la demoiselle innocente à sauver, renforce les clichés du genre. Toutefois, au fil des numéros, ce personnage devient non seulement l’intérêt amoureux de notre héros, mais une femme indépendante et courageuse. J’ai particulièrement apprécié son arc narratif sous la plume de Moore.

Swamp Thing a eu droit à deux films de série B durant les années 1980. Dont un film en 1982 réalisé par Wes Craven. Cette œuvre n’a rien d’extraordinaire, mais si vous aimez les explosions et les transitions de scènes hors-normes… ce film est définitivement pour vous! De plus, ce comics fut adapté en trois séries télévisuelles et en jeux vidéo. La version la plus récente date de 2019 avec une saison de dix épisodes créés par les studios de la Warner Bros. Television. Malheureusement annulée avant même d’avoir trouvé son public, la série a toutefois réussi à prendre les personnages et à inventer une histoire intéressante sans nécessairement copier fidèlement la bande dessinée. Pour ma part, j’adore lorsque l’on me propose un récit unique en soi, je ne suis définitivement pas du genre à être offensé lorsqu’il y a des changements… tant que ce ne soit pas ennuyeux. Si vous avez la chance de le regarder, l’atmosphère est sombre et glauque à souhait!

Voilà une belle suggestion de lecture à découvrir cet été!

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