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The Good House

Ça faisait déjà un moment que je cherchais, comme une âme errante, un bon roman de maison hantée. Je suis fascinée par ce genre littéraire à mi-chemin entre le roman d’horreur et le roman psychologique. Qu’une maison, censée représenter un endroit de réconfort et de protection, puisse en l’espace de quelques instants devenir une menace m’obsède. La famille, un événement traumatisant et le passé des lieux sont des thèmes qui ne manquent pratiquement jamais d’être abordés par ces récits. Et c’est d’ailleurs ces éléments précis qui indéniablement me font plonger la tête première parmi ces pages aux sombres secrets.

Écoutant par-ci par-là des vidéos YouTube de recommandations, un titre en particulier a capté mon intérêt : The Good House de Tananarive Due. Née en 1966 à Tallahassee en Floride, cette auteure, professeure et historienne du cinéma se spécialise dans le genre du « Black Horror ». Tananarive Due a entre autres participé à l’excellent documentaire Horror Noire : A History of Black Horror disponible sur la plateforme Shudder. De plus, l’un de ses cours universitaires concerne le film Get Out de Jordan Peele (2017).

Publié en 2003 aux éditions Washington Square Press, The Good House se déroule à Sacajawea, petite ville dans l’état de Washington. Nous découvrons au fil des pages la malédiction qui emprisonne sur quatre générations la famille Toussaint. Commençant par un acte de rancune en 1929 avec Grandma Marie, nous vivons avec les membres du clan malheur après malheur. Marie, sa fille Dominique, sa petite-fille Angela et son arrière-petit-fils Corey doivent faire face chacun de leur côté à leur démon familial, plus spécifiquement à un baka. Cet esprit malicieux désire ardemment éliminer cette puissante lignée de prêtresses vaudou. Vengeance, racisme, suicide, traumatismes, transmission ancestrale… Voilà 482 pages à ne pas manquer!

Tout d’abord, vous vivrez de nombreuses émotions grâce à la plume sublime de l’auteure. La description des lieux, de leur histoire, des personnages ainsi que de leur vie intérieure et de leurs pensées donne une dimension réelle au récit. Vous vous attacherez à chaque membre de cette famille, même aux caractères secondaires de la ville de Sacajawea qui, comme des pantins impuissants, se retrouvent coincés entre les Toussaint et les sinistres représailles du baka. Bref, The Good House est un roman axé sur l’introspection. Ce qui ne signifie aucunement que l’intrigue n’est pas à la hauteur, mais simplement que Tananarive Due prend le temps de déployer chaque élément de son histoire par l’entremise de ses protagonistes.

« The tall, rectangular mirror above the sink, with its regally designed ornamental brass frame, had reflected passing faces for a hundred years. Within this bathroom’s intimate space, Angela felt closest to the house’s past inhabitants, as if their voices were murmuring against the wallpapered walls. » (Chapitre 5, page 5)

La maison familiale est un personnage en soi. Située en haut d’une colline et d’un escalier de vingt-et-une marches, elle surplombe le village et est entourée d’une forêt à perte de vue. D’un endroit agréable aux merveilleux souvenirs à un lieu sinistre à fuir, la résidence devient une menace au fur et à mesure que le baka s’empare des membres de la famille. Corey, sous l’emprise de cet esprit malicieux, met fin à leurs jours, ce qui permet au démon d’insuffler son pouvoir sur le monde des vivants.

Après le suicide de son fils, Angela est livrée à elle-même dans ce lieu damné. Elle doit apprendre à faire confiance à son instinct et à ses ancêtres, car hélas, elle ne connaît pas l’histoire de sa famille ni la malédiction qui l’inflige comme l’épée de Damoclès. Marie, après le suicide de sa propre fille, jura d’épargner sa petite-fille Angela et décida de ne pas l’initier aux rituels vaudou. Croyant grâce à son égo têtu avoir le temps de vaincre le danger par elle-même, malheureusement, elle décéda dix ans avant la mort de Corey. Le lecteur, désarmé, vit donc l’histoire qui lentement mais surement se dirige vers une conclusion effroyable.

Le récit est subdivisé en trois lignes de temps, soit 1929, 2001 et 2003. Nous découvrons l’origine de la malédiction par l’entremise d’extraits du journal intime de Marie ainsi que des archives de la société historique de Sacajawea. Nous suivons également en 2001 Corey avant sa rencontre avec le baka et son imminent suicide. Puis, deux ans plus tard, nous accompagnons Angela dans sa lutte contre les forces occultes. L’intrigue est brillamment ficelée.

Vous en dire plus serait gâcher votre expérience de lecture. Si vous aimez les histoires lentes, les récits de maison hantée et de possession, alors The Good House de Tananarive Due est pour vous! Je vous le recommande plus spécifiquement à l’automne, tandis que les feuilles tombent, que le froid s’installe et que la nuit arrive à pas de loup toujours de plus en plus tôt…

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