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The Lodge ou Peur glaciale

Pour moi, un film d’horreur n’a en aucun cas besoin de « jumps scares » tapageurs et de giclées de sang à n’en plus finir pour soulever l’appréhension et l’effroi du spectateur. Bien au contraire, cette vileté, généralement de nature humaine, est beaucoup plus subtile. Nous la retrouvons au détour d’un évènement banal qui souvent ne fait pas plus de bruit qu’un pas dans la neige. Je peux compter sur le bout de mes doigts le nombre d’œuvres cinématographiques qui m’ont ébranlé au plus profond de mon âme. Il y a entre autres : Héréditaire d’Ari Aster (2018), A Ghost Story de David Lowery (2017) et Possum de Matthew Holness (2018, lire mon article ici). Aujourd’hui, j’ajoute à cette liste : The Lodge écrit et réalisé par Veronika Franz et Severin Fiala en 2019.

Avertissement : Ce film aborde explicitement des sujets sensibles, dont le suicide, le deuil, l’automutilation et les cultes religieux. J’analyse par ailleurs le film dans son ensemble. Je vous conseille donc de le visionner avant de vous pencher sur mon texte ou, si ces thématiques vous bouleversent trop, d’aller lire mon sympathique article sur les zombies herbivores (juste ici).

Six mois après le suicide de leur mère, Mia et Aiden se retrouvent seuls durant les vacances de Noël avec Grace, la nouvelle compagne de leur père. Ce dernier devant s’absenter pour des raisons professionnelles les laisse à leur chalet familial sans moyen de transport et à des kilomètres du prochain village. Peu à peu, d’étranges évènements viennent les perturber tandis qu’un blizzard impitoyable s’installe.

The Lodge, ou Peur glaciale pour la version française, utilise l’un de mes contextes préférés au cinéma et en littérature, soit le huis clos. Plus du deux tiers de l’action se déroule à l’intérieur de la résidence secondaire, emprisonnant inévitablement les personnages dans un lieu hostile et froid. Ce qui, dans le cas présent, reflète la psychologie et la détresse de cette famille brisée.

Les réalisateurs ont su exploiter au maximum le décor tout en insufflant une atmosphère inquiétante. Une réussite due entre autres aux silences inconfortables lors des échanges entre les protagonistes ; à la musique dissonante, présente uniquement durant des séquences de rêves ; aux sons ambiants comme le vent frappant aux fenêtres ; ou encore à la lumière naturelle utilisée tout au long du film (feu de foyer, reflet de la lune sur la neige, etc.). Du plancher au plafond en passant par les murs, les pièces construites en lattes de bois foncées rendent le chalet sombre et imposant. La composition de ces dernières est labyrinthique et comme les personnages se déplacent généralement la nuit avec peu de clarté, le spectateur se sent vite perdu et impuissant. Ces petits détails soignés renforcent selon moi l’œuvre et font toute la différence lors du visionnement.

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Sombre ambiance…

Un autre élément bouleversant du film concerne la maison de poupée de Mia. Celle-ci représente visuellement le chalet familial en format réduit. Le récit déjà inquiétant en soi est entrecoupé par des scènes cauchemardesques se déroulant dans cette maison miniature. En effet, la disposition des poupées annonce les malheurs à venir. Par exemple, la caméra nous dévoile une figurine pendue au grenier. Quelque temps après, Grace retrouve Aiden dans la même position exactement à cet endroit, se balançant corde au cou.

L’emploi d’une maison de poupée dans les films d’horreur n’est pas une rareté. Ari Aster a brillamment utilisé cet élément lors de son premier long métrage intitulé Héréditaire. D’ailleurs, l’une des critiques les plus virulentes en lien avec The Lodge n’est autre que ces extraits, car ils sont inévitablement comparés au film d’Aster. Personnellement, je crois que Veronika Franz et Severin Fiala ont réussi leur coup à merveille.

Dès la première scène du film, nous l’apercevons dans la chambre blanche et épurée de Mia, comme un sombre avertissement. Il y a un « je ne sais quoi » assez perturbant lorsque les films d’horreur utilisent ce concept, probablement car nous associons inexorablement cet objet à l’innocence et à l’enfance. Ce symbole entre donc en collision avec l’ignoble contexte dans lequel il est placé.

Au fil du récit, ces scènes de miniature prennent sens aux yeux du spectateur et dévoilent en fait le plan de vengeance des enfants. Avant le suicide de la mère, les parents, Laura et Richard, étaient en instance de divorce. Ce dernier avait quitté la famille pour Grace, une femme plus jeune ainsi qu’une survivante d’un culte religieux que Richard avait rencontré lors de son travail. Ne pouvant pardonner à son père et sa nouvelle compagne le sort de sa mère, Aiden prépare avec soin ses représailles entrainant avec lui sa sœur. Une réaction si enfantine, si désespérée. Richard semble insensible vis-à-vis la détresse de ses enfants ou du moins inapte à les aider durant cette crise.

Une troisième thématique, outre le suicide et le deuil, s’impose graduellement, soit la religion. D’un côté, Grace, la fille d’un pasteur, est la seule survivante de sa congrégation qui a perpétré selon les directives de ce dernier un suicide collectif. Profondément et psychologiquement traumatisée, Grace tente tant bien que mal de se reconstruire. D’un autre côté, Aiden, Mia et Laura sont croyants.

Cette foi n’est jamais nommée, cependant de subtils indices sont glissés au détour de certaines scènes. Par exemple, sur les murs de leur maison et de leur chalet, nous retrouvons des croix et des tableaux aux iconographies religieuses ; les enfants prient à voix haute avant de manger, etc. L’une des séquences les plus poignantes porte également sur ce sujet. Aux funérailles, Mia souhaite que sa poupée s’envole au ciel avec un ballon d’hélium, malheureusement le poids et la gravité ramènent le jouet au sol. Mia en grand désarroi et inconsolable est inquiète, car sa mère ayant commis un acte damnable selon la bible ne pourra jamais reposer en paix.

C’est également avec cette religion qu’Aiden souhaite venger Laura. Le plan des enfants consiste à briser Grace tout en l’amenant à se repentir de ses péchés. Ils font croire à cette dernière qu’ils sont morts empoisonnés des suites du chauffage à gaz et sont maintenant des âmes prisonnières du purgatoire. L’électricité et la génératrice ne fonctionnent plus et leurs bagages, leurs habits d’hiver et leur nourriture ont disparu. Malheureusement, ils ont également caché les médicaments de Grace, ce qui aura un effet désastreux pour le déroulement des évènements.

Sa santé mentale fragile est mise à rude épreuve par le complot d’Aiden. La nuit, Grace entend la voix de son père qui en fait est un enregistrement d’un de ses sermons que les enfants font jouer en boucle. Elle commence à rêver et ces moments fracturés sont les seuls où une musique de fond accompagne le récit. Cacophonique, tout comme le contenu des songes, celle-ci vous donnera d’incontrôlables frissons. Elle retrouve aussi une coupure de journal avec un article relatant leur mort. Aiden voulant lui prouver qu’ils sont des esprits torturés feint de se prendre au grenier. Encore en vie, il lui demande de se repentir. Un geste qui anéantira lentement, mais sûrement la jeune femme.

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Chalet perdu au milieu de nulle part…

Bref, ils réussissent leur coup… Grace perd complètement le sens de la réalité et se repend en se mutilant. Souhaitant purifier l’âme d’Aiden et Mia par la même occasion, Grace encourage les enfants à suivre son exemple. Et c’est uniquement à ce moment que l’adolescent s’aperçoit à quel point il n’a plus aucune emprise sur la situation.

Avant de partir travailler, Richard, pour une raison tout à fait obscure et masculine, montre la combinaison du coffre-fort où bien évidemment il conserve un fusil. Vous pouvez peut-être vous imaginer la suite. N’ayant pas de nouvelles de sa famille depuis quelques jours et trouvant la maison de poupée avec ses scénarios macabres dans la chambre de Mia, Richard accourt à son chalet. Il y retrouve sa nouvelle compagne ensanglantée avec un révolver à la main. Essayant de convaincre Richard qu’ils sont prisonniers du purgatoire, Grace lui tire dessus. Après la démonstration d’Aiden au grenier, elle croit que leurs âmes ne peuvent mourir… Ce qui n’est pas le cas. Dans un dernier élan de survie, les enfants tentent de s’enfuir, mais Grace les rattrape et les mènent à la salle à manger. Ils chantent ensemble un cantique, puis la caméra fixe l’arme posée sur la table. Fin de l’histoire.

Tout au long du film, cette caméra et par extension le regard du spectateur ne se détournent jamais des scènes violentes. Nous sommes confrontés d’une manière prosaïque au suicide de Laura, à l’automutilation de Grace ainsi qu’à la mort de Richard. En terminant le récit avec un gros plan du révolver, d’un seul coup, nous évitons la brutalité des derniers moments de Mia, Aiden et Grace, tout en comprenant sans équivoque la signification de ce hors champ. Qu’est-ce que les réalisateurs souhaitaient démontrer? Pourquoi tant de violence physique et émotionnelle à l’écran, sauf à la toute fin? Est-ce parce que la mort d’un enfant est l’ultime tabou, même dans le cinéma d’horreur?

Je n’ai pas de réponse absolue. D’ailleurs, j’appréhende à peine ma propre fascination pour les films d’horreur. Peut-être que regarder ces œuvres est pour moi un moyen d’exprimer mon incompréhension vis-à-vis le monde qui m’entoure et de la cruauté humaine. Je ne peux en toute conscience dire que j’ai apprécié The Lodge, mais ce dernier a définitivement eu un impact sur moi, tout comme le film Possum. J’ai toutefois beaucoup de respect pour le point de vue neutre que les réalisateurs portent sur les protagonistes. La situation est présentée dans toute sa complexité avec des personnages en trois dimensions, qualités et défauts inclus. Il n’y a pas à proprement parler de héros auquel le spectateur doit s’identifier et montrer son soutien. Tout n’est pas noir ou blanc. Bien que… j’aurais volontiers secoué le père… en lui donnant une bonne claque au visage…

Voilà mon analyse pour The Lodge, j’espère sincèrement que je ne vous ai pas déprimé en ce début du mois de janvier… J’essaie de vous proposer sur mon blog des lectures et des films sympathiques, mais parfois j’ai besoin de m’exprimer sur des sujets plus sérieux. L’écriture est pour moi un moyen idéal pour organiser mes idées, mes pensées et mes émotions. Alors, si vous vous êtes rendu jusqu’ici, merci de votre attention! N’hésitez surtout pas à me laisser vos commentaires sur ce film ou les thématiques abordées durant ma chronique.

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