Films d'horreur Classiques
Analysons un bon vieux film

The Mummy (1932 et 1999)

Tirez-vous une bûche… c’est le temps d’analyser un bon deux bons vieux films!

La momie peut sembler être une créature moins importante que le vampire ou Frankenstein. Et pourtant! Son essor en littérature et sur le grand écran a eu lieu au même moment que ses collègues morts-vivants. Née de l’envoûtement destructif de la société victorienne pour l’Égypte ancienne, puis reprise par l’imaginaire hollywoodien, la momie s’est tracé un lent et silencieux chemin à travers la culture populaire… Ou du moins dans mon cœur de petite fille!

The Mummy, co-écrit et réalisé en 1999 par Stephen Sommers avec Brendan Fraser, Rachel Weisz et Arnold Vosloo comme acteurs vedettes, fut un film essentiel pour le développement de mon amour du surnaturel et de l’horreur! Du haut de mes huit ans, il m’a immédiatement fasciné avec son mélange d’humour, d’aventure et de frayeur. Croyez-moi, ces scarabées mangeurs de chair vous donneront la frousse! C’est l’une des œuvres fondatrices de mon identité cinéphile au même niveau que Sleepy Hollow de Tim Burton (1999). Quelques années plus tard, j’ai eu l’occasion de découvrir et d’ajouter à ma liste de classiques la version originale de 1932 qui fut scénarisée par John L. Balderston avec Karl Freund à la réalisation.

Avant de me lancer dans l’analyse de ces deux versions de la Universal Pictures, je souhaite vous expliquer sommairement le contexte sociohistorique dans lequel la momie a évolué au cours des deux derniers siècles. Je crois qu’il est important de s’attarder au développement de cette figure de l’imaginaire, car elle a été complètement bafouée, volée et réappropriée par la société occidentale. Je me suis basé sur plusieurs sources documentaires pour cette chronique que vous retrouverez à la fin du texte.

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L’Égypte est un pays avec une mythologie et des rites sacrés bien complexes. De plus, l’histoire de cette nation est tout aussi laborieuse et fascinante! Je ne tenterai donc pas de vous résumer l’intégralité de ce passé, mais je vais me concentrer sur le 19e siècle avec la nouvelle discipline savante à la mode, soit l’archéologie ou plus spécifiquement l’égyptologie. La conquête de l’Égypte en ce début de siècle s’amorça avec la campagne militaire française de Napoléon Bonaparte qui s’échelonna de 1798 à 1801.

Ce fut également une expédition scientifique, car de nombreux historiens, botanistes et autres professionnels les accompagnèrent pour découvrir les richesses du pays. Du jamais vu pour l’époque! Vaincus, les Français durent quitter les lieux laissant place à la domination britannique qui perdura plus ou moins jusqu’en 1922 lors de l’indépendance de l’Égypte. Les ravages culturels perpétrés par la Grande-Bretagne, pour ne nommer que ceux-ci, sont indescriptibles. Ce qui nous amène aux pillages des tombes et la récupération des cadavres pour les musées nationaux et les collections privées.

En fait, la mort et l’obsession humaine de vouloir contrôler le cycle naturel de la vie ont toujours été présentes dans notre société. Que le corps soit conservé grâce à la momification ou l’embaumement, cette cérémonie qui semble retarder le moment fatidique est une étape essentielle pour le processus de deuil. Cependant, contrairement à la momification qui est un rituel religieux et sacré en Égypte, la mort en occident perd quelque peu sa signification au cours du 19e siècle. L’avènement de l’ère industrielle a amené son lot de problématiques en Angleterre. La surpopulation et les épidémies de choléra ont rendu la mort complètement insalubre. Les cimetières débordent ; les cercueils sont défoncés pour faire de la place aux nouveaux corps ; les pauvres ne pouvant se permettre un enterrement sont jetés sans distinction dans les fosses communes ; les cadavres sont volés pour les facultés de médecine… Bref, la situation est tout simplement horrible!

La momification, une technique possible par les conditions climatiques, le sable et la déshydratation naturelle, est donc un véritable attrait pour la société victorienne aux prises avec un réel problème sanitaire. La momie et les antiquités égyptiennes créent un engouement sans précédent autant chez la classe moyenne et les aristocrates que chez la populace. Les premiers vont aux musées, tandis que les seconds se contentent des fameux « Freak Show ». Dès lors, les morts de l’Égypte ancienne sont perçus comme de vulgaires objets avec une valeur marchande propre, ce qui encourage les fouilles archéologiques et les pillages non officiels. Un cercle vicieux qui anéantira la symbolique même d’une culture entière…

La littérature, qui n’est autre qu’un reflet de la société, s’empara rapidement de cette figure pour la rendre si possible encore plus « romantique ». De la plume de Jane Webb à Théophile Gautier en passant par celle d’Edgar Allan Poe et de Fergus Hume, la momie devint un personnage de choix pour la fiction d’horreur. Les thèmes de la vengeance et du mal y sont d’ailleurs indissociables jusqu’à inventer un nouveau genre littéraire intitulé « gothique impérial ». Ce dernier joint les intrigues du roman d’aventures avec les éléments du gothique dans le contexte impérial du 19e siècle.

Au cinéma, le mythe de la momie eut la cote auprès des spectateurs dès les origines de cette technologie. Ce qui amena Hollywood à s’en emparer au début des années 1930 jusqu’aux confins des années 1990. Cette figure au passé trouble et conflictuel a obnubilé la petite fille que j’étais.

Avertissement : J’examine et décortique les films dans leur ensemble selon un ordre qui ne suit pas nécessairement la logique narrative de « début à la fin ». Donc, si vous n’avez pas vu ces classiques, je vous suggère fortement de les visionner avant de lire le reste de ma chronique… je vais attendre, ne soyez pas inquiet… c’est bon? Vous les avez écoutés? Parfait! Nous pouvons commencer.

Dans la lignée des « Universal Monsters », La Momie (1932) est un film d’à peine 73 minutes avec le fameux Boris Karloff dans le rôle clé du prêtre honni ainsi que Zita Johann dans celui de la princesse réincarnée. En résumé, la tombe d’Imhotep, un homme momifié vivant pour avoir aimé Ank-Souh-Namun, est découverte en 1921 par des archéologues du British Museum. Ramené à la vie par mégarde à l’instant où le parchemin de Thot est lu à voix haute, le revenant s’enfuit avec le texte sacré. Onze ans plus tard, le prêtre, se cachant sous le nom d’Ardeth Bay, participe à l’excavation de la tombe de la princesse oubliée. Entre-temps, il rencontre Helen Grosvenor qui est l’image même d’Ank-Souh-Namun. Imhotep tente alors de conquérir par hypnose la jeune femme pour la sacrifier et ainsi ressusciter son amour éternel.

Ce film en noir et blanc avec son esthétique des années 30 est atmosphérique à souhait. Il n’y a rien de véritablement extraordinaire à cette production outre peut-être la scène où Imhotep montre à Helen une vision du passé par l’entremise de l’eau d’un bain. Par ailleurs, cette dernière a été reprise dans le deuxième opus en 2001 de The Mummy Returns. Toutefois, il se dégage du récit au rythme lent et posé une sensation majestueuse pratiquement féérique. Il faut dire que Boris Karloff tient à lui seul sur ses épaules ou plutôt grâce à son profond regard, le scénario. Lorsqu’il hypnotise Helen, nous apercevons en gros plan son visage donnant ainsi l’illusion que l’acteur observe en fait… le spectateur!

Son maquillage est relativement simple en comparaison à celui pour son rôle dans Frankenstein (1931). Son visage est froissé par de minuscules ridules et ses mouvements lorsqu’il marche sont saccadés, car après tout il est bien un cadavre réanimé. Ces infimes détails sont bien les seules caractérisations pour l’ensemble des personnages. Zita Johann avec sa petite taille à vous rendre malade interprète bien Helen, mais outre ses interactions avec Karloff, son unique arc narratif concerne l’histoire sentimentale ennuyeuse à mourir avec un jeune archéologue. Ce dernier n’a aucune profondeur quelconque et ne fait rien d’utile de tout le film! Mais bon, le triangle amoureux était déjà un cliché établi à cette époque.

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Boris Karloff hypnotisant Helen… et le spectateur!

Malgré cela, j’ai adoré cette version dès mon premier visionnement, mais pour être honnête, je ne suis en aucun cas neutre. Passons maintenant à la véritable raison d’être de cet article. La momie de 1999. Ahhh! L’histoire de ce « remake » suit majoritairement le scénario original de 1932, mais plusieurs éléments furent ajoutés pour étoffer le film et le rendre plus captivant. Comme je le mentionnais dans mon introduction, l’œuvre de Sommers regorge d’action, d’humour et d’horreur, ce qui inévitablement change la dynamique du récit.

L’histoire d’amour interdite entre Imhotep et Ank-Souh-Namun, la momification vivante du prêtre et la malédiction du sarcophage sont toujours présentes, cependant l’arc narratif de l’héroïne est complètement modifié. Au lieu d’Helen Grosvenor et sa caractérisation quelque peu générique, nous avons l’incroyable et téméraire Evelyn Carnahan, ou Evy pour les intimes, qui n’est autre qu’une bibliothécaire et une passionnée d’Égypte ancienne. Elle va au-devant du danger et n’hésite pas à confronter la momie pour réparer ses erreurs.

Evy et son frère, Jonathan, s’aventurent avec l’intrépide américain Rick O’Connell à la recherche d’Hamunaptra, la cité perdue des morts. Rivalisant avec une expédition archéologique, Evy, Jonathan et Rick tombent par hasard sur le cercueil d’Imhotep. Entre-temps, les Américains découvrent de leur côté le livre des morts. Evelyn, curieuse de nature, dérobe le tome, puis dicte à voix haute l’incantation sacrée. Réveillant inévitablement Imhotep et obligeant nos héros à confronter le monstre.

Hum… je sais que le scénario « lire à haute voix un texte maudit » permet de faire avancer le récit, mais franchement! Cela dit, je serais probablement la première à le faire et à éveiller démons, momies et autres créatures… Mouais.

Au lieu de l’éternel et ennuyeux triangle amoureux, le film privilégie deux histoires sentimentales en parallèle, soit celle de la momie et celle d’Evy et O’Connell. Ce genre d’intrigue a autant de clichés que son ancêtre, mais la dynamique entre les acteurs est tout simplement merveilleuse. Un autre élément qui diffère de l’original concerne la régénération d’Imhotep. Il se nourrit de la chair de ses victimes pour former son corps et accumuler ses pouvoirs magiques ce qui est dix fois plus violent que les versions antérieures de cette histoire. Les scarabées mangeurs d’hommes et ces scènes horrifiques de régénérescence ont eu un grand impact sur moi.

Les effets spéciaux numériques, produits à la fin du 20e siècle, ont étonnamment bien vieilli! L’un de mes effets préférés se trouve au début du film, après la narration d’Ardeth Bay concernant la malédiction de la momie. Dans l’adaptation de 1999, ce personnage n’est pas Imhotep, mais il est en fait le chef des Medjay, soit les gardiens d’Hamunaptra. Bref, nous passons de l’Égypte ancienne du pharaon Séthi Ier à 1923. Cette démarcation des siècles est représentée en une seule séquence par la caméra qui tourne autour de la statue d’Anubis. Durant ce 360, nous observons l’objet se désintégrer au fil du temps et des tempêtes de sable. Magnifique!

Filmés au Maroc, les paysages fabuleux et grandioses ne peuvent qu’ébahir le spectateur. De plus, la musique orchestrale composée par Jerry Goldsmith est entraînante et correspond bien aux scènes d’aventures. Les cuivres (trompettes, trombones, tuba et autres) ressortent du lot et donnent une tonalité triomphante et mélodramatique au récit. En effectuant mes recherches pour cet article, j’ai pris conscience de l’importance de ce projet pour Stephen Sommers. Le réalisateur travaillait déjà sur son film en 1993! Pour les dialogues en langue antique, il a entre autres fait appel à l’égyptologue Stuart Tyson Smith. Ce dernier s’est inspiré de nombreuses sources dont le copte antique pour déterminer la prononciation des mots et les accents des acteurs. Ce genre de petits détails se ressentent lorsque l’on visionne le film et pour moi rend l’expérience encore plus agréable.

Mais parmi l’ensemble des moments hilarants et effrayants du film, une scène en particulière m’a toujours fait rêver. Et je me suis souvent demandé l’impact qu’elle a eu sur mon choix de carrière… Je parle de celle où Evy, complètement soûle, discute avec Rick O’Connell et clame fièrement « I am a Librarian! » (Regarder l’extrait ici) La momie (1999) est un film qui a comblé mon imaginaire et mon enfance comme le prouve cette anecdote. Toutefois, visionner le film avec ma vision d’adulte, je ne peux en toute conscience ignorer les problématiques qui transcendent le scénario.

Outre la destruction d’une culture, l’appropriation de la momie et l’exotisme toxique perpétué par ce genre de narration, il est difficile pour moi de ne pas grincer des dents devant le stéréotype du « white savior ». Le personnage de Rick O’Connell, un jeune et fier Américain, sauve non seulement la femme, malgré le fait qu’Evelyn soit forte, indépendante et aventureuse, mais également le monde entier de la menace surnaturelle de la momie. Cet élément est représenté plus spécifiquement par l’interaction entre O’Connell et Ardeth Bay qui est interprété par l’acteur israélien Oded Fehr. Le Medjay, un guerrier accompli d’une lignée ancienne de protecteur, est complètement mis de côté pour servir l’arc héroïque de l’américain. Ardeth Bay se sacrifie pour permettre à O’Connell d’affronter Imhotep. Ce détail est deux fois plus flagrant dans le second opus The Mummy Returns (2001) où il est dévoilé avec son tatouage qu’O’Connell est également de descendance Medjay… Rendant si possible le « white washing » encore plus blanc.

Wow, cet article est certainement le plus complexe et le plus élaboré de mon segment : Analysons un bon vieux film. Revisionner ses œuvres favorites de jeunesse est un curieux et fascinant exercice! Je ne sais pas où je vais vous amener pour la prochaine chronique, mais soyez rassuré, il ne sera pas aussi long que celui-ci! (Enfin, je l’espère…)

Voici les sources documentaires consultées pour mon article :

« Campagne d’Égypte », Wikipédia, consulté le 5 avril 2021. URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Campagne_d%27Égypte

Dunan, Françoise et Lichtenberg, Roger, « Momies, Égypte », Encyclopédie Universalis, consulté le 7 avril 2021. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/momies-egypte/

« La Momie (film, 1932) », Wikipédia, consulté le 7 avril 2021. URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Momie_(film,_1932)

« La Momie (film, 1999) », Wikipédia, consulté le 10 avril 2021. URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Momie_(film,_1999)

Robles, Fanny, « Les momies victoriennes et leur postérité : enquête sur la fonction spectaculaire et symbolique du cadavre momifié », Frontières, Volume 23, numéro 2, printemps 2011. URL: https://www.erudit.org/fr/revues/fr/2011-v23-n2-fr1830545/1007585ar.pdf

« White savior narrative in film », Wikipédia, consulté le 10 avril 2021. URL: https://en.wikipedia.org/wiki/White_savior_narrative_in_film

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