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The Remaking

Vous êtes-vous déjà demandé ce qu’est en réalité une histoire de fantômes? Quel pouvoir cette dernière peut-elle détenir sur son auditeur? Une histoire qui a une vie propre et transcende le temps, d’année en année, de décennie en décennie pour devenir, comme une étoile morte, une légende éteinte, mais brillant encore de mille feux? En moins de 300 pages et grâce à une verve littéraire sublime, Clay McLeod Chapman nous dévoile un récit qui d’un côté est hanté et qui de l’autre hante à son tour le lecteur. The Remaking, publié en 2019 aux éditions Quirk Books, s’enroule sur lui-même et se dévore tel un Ouroboros.

L’un de mes coups de cœur instantané de 2020, ce roman est tout simplement parfait! Il s’infiltre insidieusement en vous pour ne jamais vous quitter. Amber, une actrice depuis sa tendre enfance, est prisonnière dans un cycle d’horreur depuis qu’elle a joué le rôle de Jessica. Ce dernier est basé sur l’histoire vraie d’une petite fille brûlée sur le bûcher pour sorcellerie dans les années 1930. Elle voit sa chance d’être enfin libérée de sa malédiction lorsqu’un journaliste vient l’interroger sur la vérité derrière la légende.

Ce bref résumé ne rend absolument pas justice au roman! C’est une introduction acceptable, mais The Remaking est bien plus que ça. C’est en réalité le récit de deux femmes : une mère et sa fille. Ella Louise et Jessica Ford, réduites en cendre en raison de leur mode de vie et de leurs différences, sont malicieusement séparées aux portes de la mort par des hommes se disant bons chrétiens. Elles sont donc deux âmes errantes en peine qui se cherchent à travers un cimetière, une forêt et le temps. 1931, 1951, 1971, 1995 et 2016.

L’auteur élabore son récit cyclique en jouant avec les styles. Tout d’abord, un conteur relate autour d’un feu l’histoire peu glorieuse du village de Pilot’s Creek. Puis, un jeune cinéaste, obsédé par Jessica, souhaite à son tour raconter avec son film d’horreur la fin tragique de la famille Ford. Vingt ans plus tard, un autre cinéaste tente le même exploit avec un résultat encore plus drastique. En 2016, c’est au tour du journaliste avec son podcast de se retrouver au cœur de la malédiction. Du conte oral en passant par des extraits de scénarios ainsi que quelques bribes d’émission radiophonique, Chapman rend hommage aux Arts. L’art de conter, la littérature, le folklore, le cinéma et surtout le cinéma d’horreur!

De nombreux clins d’œil parsèment le récit, dont des titres de films classiques, des noms de personnages ou d’auteurs de genre, la culture des congrès d’horreur ainsi que les « final girls » et « scream queens ». Chapman émet également une critique sociale sur l’attitude nocive des « fans », le culte de la popularité et les agressions que les actrices subissent par Hollywood et ces producteurs du 7e art…

La malédiction s’attaque aux hommes arrogants et cupides qui, sans se soucier de la vérité, prennent possession de l’histoire des Ford. Ils créent une version bâclée qui a pour unique but leur propre gloire. En fin de compte, la personne qui tend réellement l’oreille et écoute Jessica n’est autre qu’Amber. L’enfer que l’héroïne vit est absolument déchirant. Amber se retrouve prisonnière de l’histoire de la petite sorcière qui la hante littéralement, des actions inappropriées et calculatrices non seulement de sa mère envers elle, mais aussi des hommes de son entourage. « Why this movie? Why me? » (page 119) demande-t-elle constamment à ceux qui l’assaillent de toute part.

Je vous laisse sur un extrait de la première page qui, selon moi, résume à merveille l’atmosphère sinistre, inquiétante et envoutante qui se dégage du roman.

« These woods whisper.

The pines at your back? You can practically feel the needles bristling in the wind. Lean in and listen closely and you’ll hear their stories. Everything that’s ever happened underneath that vast canopy of conifers. Every last romantic tryst. The suicides. The lynchings. You name it. These trees will testify to them.

These woods have witnessed it all.

Whenever somebody from town wants to do something in secret, they come out here. Where they think they’re alone. Where nobody’s watching. They hide in the shadows, performing their little rituals beneath these branches, as if they believe these trees will keep their secrets for them. Their lovers’ liaisons, their midnight masses. They think nobody is listening in… but that’s simply not true. That’s not true at all. The trees are listening.

Always listening. » (Page 1)

2 commentaires

  • Isabelle

    Ce que la forêt sait…
    Ce que la forêt connaît…
    Ce que la forêt ressent…
    Ce que la forêt pressent…
    Ce que la forêt garde…
    Ce que la forêt regarde…
    Ces forêts murmurent, racontent…
    Être à l’écoute de ces témoins vivants !!!
    J’imagine maintenant le pire des secrets…
    Je perçois aussi leur grandiose et sublime responsabilité !
    Elles les portent et les transmettent !!
    Tout ça dans un roman à saveur fantomatique…
    Brrrrr!

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