Gremlinots Littérature jeunesse Horreur
Gremlinots

Thornhill

La littérature jeunesse, milieu de l’édition vivant et haut en couleur, permet entre autres d’aborder des thématiques sérieuses et intimes avec les jeunes lecteurs. Il est souvent difficile pour les adolescents de verbaliser leurs soucis, leurs peurs et leurs blessures. Le roman peut alors être un outil idéal pour entamer une discussion.

Thornhill de Pam Smy, publié en 2019 aux éditions du Rouergue, est une lecture sombre dans tous les sens du terme. La solitude, l’intimidation, le harcèlement psychologique et le suicide sont les sujets principaux de ce roman graphique. Une œuvre aux teintes gothiques pour adolescents avertis.

Deux héroïnes et deux époques différentes sont liées étroitement par l’imposant bâtiment de l’institut Thornhill. D’un côté, nous sommes en 2017 et suivons Ella qui vient d’emménager juste en face de l’ancien orphelinat. Cette partie du roman est uniquement illustrée! Mais ne tournez pas les pages trop vite, car chaque petit détail est important. Nous comprenons en un coup d’œil qu’Ella vit seule le deuil de sa mère. Son père travaille constamment et est peu présent à la maison, donc livré à elle-même, elle explore les ruines de Thornhill où une figure lointaine l’observe.

Romans graphiques Bandes dessinées sans texte Horreur Adolescentes Deuil Fantômes Intimidation Orphelines
Les griffes de la forêt © Tous droits réservés

D’un autre côté, nous lisons le journal intime de Mary, une orpheline habitant en 1983 à l’institut. À 13 ans, Mary est délicate, introvertie et muette. Une artiste dans l’âme, elle adore créer des poupées en argile et lire des romans comme Le jardin secret de Frances Hodgson Burnett. Le lecteur impuissant découvre dès la première entrée du journal que la jeune fille subit de l’intimidation à cause d’« elle ». Le monstre.

Jamais nommée, « elle » détient un pouvoir non seulement sur le reste des orphelines, mais également sur la majorité du personnel. Durant la nuit, « elle » vient cogner à la porte de Mary qui en perd le sommeil. Cet évènement n’est pas unique, c’est seulement l’une des nombreuses méthodes de harcèlement psychologiques que Mary endure entre les murs de Thornhill. L’héroïne surmonte tant bien que mal sa peur et réussit à demander de l’aide à sa manière. Malheureusement, les adultes qui l’entourent sont débordés et épuisés par un système gouvernemental qui ne fonctionne pas. De plus, sans vouloir se l’avouer la jeune fille qui ne se comporte pas « normalement » les rebute insidieusement. Mary se suicide à la fin de l’été 1983 et hante les lieux depuis.

Aux fils des pages, l’histoire d’Ella et de Mary s’entrecroise jusqu’à l’ultime drame…

Thornhill est un véritable hommage aux romans gothiques. L’institut, une figure narrative en soi, est un lieu sombre et menaçant avec ses jardins délabrés et ses ruines. De plus, c’est une maison hantée! Quoi de plus gothique? Quant aux personnages, Mary autant qu’Ella sont orphelines, seules et sans défense. Finalement, il est question de suicide et de secrets du passé venant tourmenter le présent. Même le titre du roman, Thornhill, est évocateur de ce courant littéraire.

Le livre en tant qu’objet est une œuvre d’art. Les pages couvertures toutes noires représentent le spectre immense qu’est Thornhill. Elles sont complétées par les tranches peintes, vous l’aurez peut-être deviné, en noir. Mais, l’aspect le plus impressionnant est sans conteste les magnifiques illustrations de l’auteure. Celles-ci s’étendent majestueusement sur la grandeur des pages. Sans aucune touche de couleur, les images révèlent l’intensité et la désolation du récit.

Maintenant, comment aborder ce roman graphique avec les adolescents? Pour commencer, vous pouvez décortiquer les caractéristiques de la littérature gothique ce qui permettra aux jeunes de remettre dans un contexte littéraire les situations perturbantes. Ensuite, prenez le temps de discuter sur les sujets troublants de l’œuvre (intimidation, harcèlement psychologique et suicide). Laissez les adolescents s’exprimer et trouver les mots nécessaires pour décrire leurs sentiments vis-à-vis leur lecture. Il n’y a aucune résolution heureuse dans le roman graphique de Pam Smy, il est donc vital d’avoir un dialogue ouvert et sans jugement sur ces thèmes.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :