Récit "lovecraftien" à son meilleur
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Une cosmologie de monstres

Comment choisissez-vous vos prochaines lectures? Suivez-vous les recommandations des employés de votre bibliothèque municipale, les suggestions de vos blogs littéraires préférés, celles d’émissions radiophoniques ou télévisuelles culturelles?

Est-ce que vous vous laissez inspirer comme moi par la page couverture et le résumé? Tout en étant campé dans une rangée de votre librairie en vous disant « franchement, je devrais lire les livres sur ma table de chevet avant d’acheter ce roman… »?

Oh! Et puis merde, la vie est trop courte, l’illustration de la jaquette est sympathique et la quatrième de couverture me donne déjà des frissons. Parfois, l’instinct est plus fort que la raison. C’est maintenant à mon tour de vous charmer avec Une cosmologie de monstres, le premier roman de l’auteur américain Shaun Hamill traduit en 2019 aux éditions Albin Michel dans la collection Imaginaire. C’est une magnifique collection, soit dite en passant; si vous avez la chance de mettre la main sur American Elsewhere de Robert Jackson Bennett, surtout ne vous privez pas de cette petite merveille de 700 pages!

Mais pour revenir à nos monstres, cette lecture convient non seulement aux amoureux de l’univers onirique et fantastique de H. P. Lovecraft; mais également à ceux et celles qui apprécient la profondeur psychologique des personnages à la Shirley Jackson. Je ne suis pas particulièrement admiratrice de Lovecraft, je trouve entre autres les descriptions des nouvelles un peu trop vagues et longues à mon goût, mais je respecte toutefois le monde qu’il a engendré. Après tout, cet auteur est une pierre angulaire du genre au même titre qu’Edgar Allan Poe.

À l’encontre de Howard Phillips Lovecraft, Shaun Hamill a su maintenir un équilibre parfait entre la tension des événements et les descriptions « lovecraftiennes ». Son arc narratif commence lentement, mais surement jusqu’à aboutir au point culminant du récit, soit aux toutes dernières pages. Nous suivons sur plus d’un demi-siècle les membres de la famille Turner, soit la grand-mère paternelle Deborah, les parents Harry et Margaret, ainsi que les enfants Sydney, Eunice et Noah.

Une malédiction assujettit nos héros et des monstres pernicieux aussi surnaturels que métaphysiques les hantent. Hérédité, maladie, folie, disparitions inexplicables, dépression et tentative de suicide… Cette famille est-elle réellement en contrôle de sa destinée?

Noah, le petit dernier de la fratrie, narre le récit en ordre chronologique à partir de la rencontre de ses parents. Les parties du roman sont entrecoupées de segments chimériques associés à chaque membre du clan. Brrr! Juste à y penser, j’en ai la chair de poule. Voici un court extrait pour vous mettre dans l’ambiance :

« Harry est réveillé, assis bien droit dans leur lit. Deux petites silhouettes rampent sur lui, elles flairent et reniflent. De forme vaguement humaine, elles n’ont pas de peau. Elles rappellent à Margaret les schémas de son vieux manuel d’anatomie au lycée, les muscles luisants se contractant et s’étirant à chaque mouvement. Les têtes de ces créatures, en revanche, n’ont rien d’humain : leurs longs visages s’apparentent à des crânes au museau saillant ; leurs yeux orange vif évoquent des cônes de signalisation. Ces choses rampent sur Harry, prélevant des bouchées de sa chair. » (Page 53)

Bref, ce récit porte bien son nom. En effet, la cosmologie n’est nul autre que la science de l’origine et de la nature de l’univers. Dans ce cas précis : le monde des Turner. On s’attache même au plus antipathique des personnages, car aux prises avec leurs monstres intérieurs, ils se retranchent sur eux-mêmes. La cellule familiale éclate sous la pression et pour survivre les membres deviennent apathiques.

Je ne veux pas trop vous en dévoiler, alors lisez ce livre et laissez-moi vos commentaires. J’ai hâte de connaître vos impressions.

Avertissement : si la Cité sans nom vous repère vite! cachez-vous immédiatement, car elle ne lâchera plus jamais son emprise sur vous…

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