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Vous avez dit «horreur»!?

Vous avez dit « horreur »!? Des origines à la littérature gothique

« Nous inventons des horreurs pour nous aider à supporter les vraies horreurs. » Anatomie de l’horreur, Stephen King

Après une brève définition du mot « horreur » (lire mon article ici), nous pouvons maintenant explorer les prémices de ce courant littéraire! La peur, un sentiment universel et inévitable, a engendré depuis la nuit des temps des récits lui faisant honneur. Ils ont bien évidemment évolué selon les époques et leurs conventions sociales pour se rendre jusqu’à nous. Encore à ce jour, le genre se développe et se transforme avec nos angoisses les plus profondes.

L’horreur découle en fait directement du roman gothique anglais et de la littérature fantastique. Cette dernière est décrite comme l’intrusion d’éléments surnaturels dans un environnement réaliste. À l’inverse du merveilleux, une hésitation se produit par rapport à cette incursion de l’impossible sur la réalité. Le héros réfute et rejette cette fracture qui est contraire aux lois de la nature. Le merveilleux quant à lui accepte d’emblée ces éléments magiques, car ils font partie de leur univers. Le meilleur exemple de ce genre reste les contes de fées. Le roman gothique, de son côté, mélange le sentimental, le macabre, l’engouement pour le passé et son architecture particulière. Typiquement britannique, ce courant est une atmosphère en soi que je vous expliquerai plus loin dans cet article.

Mais avant que le fantastique et le gothique arrivent à leurs apogées au cours du 18e et 19e siècle, plusieurs éléments les influencèrent. Les experts, tel Jean-Luc Steinmetz, mentionnent comme point d’origine la notion de « thambos » qui en Grèce Antique représentait la stupeur et l’épouvante. L’un des textes les plus célèbres est attribué au philosophe Apulée au IIe siècle, soit Les métamorphoses. Également intitulé L’Âne d’or, le récit spirituel retrace les mésaventures du protagoniste changé en bourrique par sa maîtresse. Pour retrouver sa forme humaine, il doit manger des roses. Plus symbolique qu’autre chose, l’histoire aborde quand même la notion de magie et de transformation physique qui influenceront grandement le fantastique.

Au Moyen Âge et vers le début de la renaissance, une aura de mysticisme englobe la société. Du Diable aux sorcières en passant par les sciences maudites telles l’alchimie et l’astrologie, sans oublier l’exploration du corps humain, tous ces superstitions, croyances et mystères de la vie inspirèrent grandement les écrivains. Entre 1560 et 1620, nous retrouvons des textes recueillis ou composés dans la veine de : Histoires prodigieuses, Histoires admirables et mémorables ou encore Histoires tragiques de nostre temps. Pierre Boaistuau, Simon Goulard et François de Rosset, pour ne nommer que ceux-ci, regroupèrent ces éléments inexplicables en y apposant une morale bien chrétienne.

Le siècle des Lumières, quant à lui, met en opposition ces superstitions au rationalisme des philosophes. Ces derniers promulguaient la pensée critique et les connaissances pour ainsi se débarrasser de cet obscurantisme. Les contes de fées étaient cependant à leur apogée tandis que le Diable était une figure plus populaire que jamais en littérature. Parmi les classiques de cette période, nous retrouvons entre autres Le Diable amoureux de Jacques Cazotte (1772) et Le Cabinet des fées de Charles Mayer (1785-1789). En Allemagne, ce courant s’intitulait Märchen. Celui-ci était lié au folklore et à la culture orale des contes traditionnels. Les textes de Johann Wofgang von Goethe, Novalis, Ludwig Tieck, les frères Grimm sans oublier Ernst Theodor Amadeus Hoffman sont passés à l’histoire et ont inspiré plusieurs générations de lecteurs et d’écrivains.

En Angleterre, le roman gothique fait ses débuts en 1764 avec Le château d’Otrante d’Horace Walpole. S’échelonnant environ entre 1760 et 1830, les éléments qui composent ce courant sont d’ordre esthétique. La narration de ces textes, majoritairement non linéaire, fait recours à un emboîtement de récits. Les auteurs utilisaient souvent le manuscrit ancien « découvert » soit pour décrire leur histoire ou pour ajouter un niveau d’intertextualité à l’intérieur même de leur intrigue. Aujourd’hui un cliché, cette astuce littéraire était révolutionnaire pour l’époque. Le gothique visait à créer auprès des lecteurs une émotion intense d’horreur et/ou de terreur.

Pour obtenir ce résultat, il se dégageait des récits une aura étrange, insolite et surnaturelle. Nous y retrouvons en abondance des lieux atypiques tels des abbayes abandonnées, des châteaux médiévaux labyrinthiques avec des passages secrets, des caves, des cimetières, etc. Ces lieux sinistres encourageaient notamment l’isolement de l’héroïne pour engendrer des circonstances inconfortables et menaçantes. La nature est également un milieu fondamental du gothique. Situés en montagne ou en forêt, les paysages décrits de façon picturale désignaient d’un côté la sensibilité et les émotions romantiques de la femme et de l’autre le danger imminent.

Les personnages, comme les éléments du décor, regorgent de stéréotypes. Le vilain avec sa volonté de fer et son pouvoir tyrannique souhaite usurper la fortune de l’héroïne tout en essayant de la posséder physiquement. Cette figure est sans exception… catholique! L’Angleterre étant à l’époque de profession protestante, ces récits anticatholiques se déroulaient donc en France ou en Italie. L’héroïne, quant à elle, est une créature délicate, d’une pureté aveuglante et généralement orpheline. Tandis que le protagoniste masculin détient une éthique bien chevaleresque. Ce jeune damoiseau de la haute société en pleine errance ou quête identitaire n’a pour but que de secourir et d’épouser la gente dame. Ces représentations sont à la frontière du loufoque et de la parodie.

Les situations vécues par les personnages relèvent également de l’excès et de la transgression des limites imposées par la société. Il n’est pas rare d’y retrouver des poursuites nocturnes, des tentatives d’agression sexuelle, des trouvailles lugubres comme une statue de cire ou une main coupée, des apparitions réelles ou supposées de fantômes, etc. Entre suspense, sensationnalisme et macabre, le roman gothique repoussait donc les normes de la société victorienne bien rangée.

Plusieurs récits sont devenus d’incontournables classiques tels Vathek de William Beckford (1786) et Le Moine de Matthew Gregory Lewis (1796). De plus, la littérature gothique permit à de nombreuses écrivaines de s’émanciper. Nous retrouvons entre autres les chefs-d’œuvre suivants : Les Mystères d’Udolphe d’Ann Radcliffe (1794), Clermont de Regina Maria Roche (1798) sans oublier Frankenstein de Mary Shelley (1818). Le genre, bien évidemment, ne disparut pas complètement après 1830, mais muta avec l’ère industrielle pour continuer son bout de chemin tout au long du 20e siècle. J’aborderai en plus amples détails cette transformation dans un autre article, mais avant je m’attarderai à la figure du Diable et sa représentation à travers le temps!

Voici mes sources documentaires :

Baudou, Jacques, « L’encyclopédie du fantastique », Fetjaine, 2011

Caillois, Roger, Dufour, Éric et Romer, Jean-Claude, « Fantastique », Encyclopédie Universalis [en ligne], consulté le 10 mai 2021. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/fantastique/

« Horreur (Littérature) », Wikipédia [en ligne], consulté le 3 avril 2021. URL : https://fr.wikipedia.org/wiki/Horreur_(littérature)

Menegaldo, Gilles, « Gothique littérature & cinéma », Encyclopédie Universalis [en ligne], consulté le 10 mai 2021. URL : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/litterature-et-cinema-gothique/

Raymond, François et Compère, Daniel, « Les maîtres du fantastique en littérature », Bordas, 1994

Steinmetz, Jean-Luc, « La littérature fantastique », Presses universitaires de France, 2008

Townshend, Dale, « Terror and Wonder: the Gothic Imagination », The British Library, 2014

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